Gasland reçoit un Emmy Award : une prime à l’obscurantisme !

Un prix prestigieux pour les approximations ? On pourrait penser que l’Academy of Television Arts & Sciences choisisse ses lauréats avec un grand soin. En effet, les Emmy Awards sont à la télévision ce que les Oscars sont au cinéma, autant dire que c’est a priori une institution respectable.

Or j’apprends que Josh Fox a obtenu une récompense pour son film Gasland, dans la catégorie « réalisateur d’œuvre non fictionnelle » (l’anglais « nonfiction » est plus fluide mais difficile à traduire). Quelle tristesse… Ce film est une charge aveugle et mal ficelée contre l’industrie pétrolière, l’exploitation des hydrocarbures de gisements conventionnels qu’on appelle souvent gaz de schiste, la technique de la fracturation hydraulique. C’est une charge qui nie à dessein les bénéfices de ce nouvel apport énergétique.

Je me refuse à parler de documentaire, tant le réalisateur a multiplié les partis-pris flagrants, tiré des conclusions aussi rapides qu’erronées, et cherché à manipuler les émotions du spectateur, effets pyrotechniques à l’appui. Gasland n’est pas un documentaire. C’est un film militant. Je n’ai rien contre le militantisme car débattre et défendre ses idées est primordial en démocratie, mais faire passer une parole engagée pour des faits scientifiques incontestables, cela revient à tromper le spectateur !

La critique de Kiran Stacey sur Gasland pour le Financial Times est un modèle du genre. Le journaliste a en effet mis en évidence dès janvier 2010 les erreurs et les approximations du film de Josh Fox. Il égrène ainsi des manques sur le fond, en particulier les raccourcis et l’absence de preuves tangibles de certaines allégations, ce qui remet en cause le sérieux du travail du réalisateur. Où sont les faits ? Les données ? Les études ? C’est pourtant ce film qui sert de bréviaire à de nombreux opposants aux gaz de schiste.

Le plus regrettable, c’est que Josh Fox, empressé de diffuser son film et peu prompt à la vérification scientifique, entretient un flou artistique qui passe pour de l’enquête. La scène spectaculaire où un citoyen américain enflamme l’eau de son robinet est trompeuse. Ce phénomène n’a rien à voir avec la fracturation hydraulique comme l’a prouvé une étude menée par l’Etat du Colorado (COGCC), mais le public n’a retenu que cela !

Ces approximations amplifient la méconnaissance profonde de la législation et des mécanismes de contrôle en vigueur aux Etats-Unis, où le libéralisme économique n’est pas synonyme de jungle comme certains voudraient le faire croire. L’exploration et l’exploitation des hydrocarbures sont des secteurs très réglementés, de longue date. Le film entretient aussi une nette tendance à l’exagération dans les chiffres et proportions (la quantité d’eau utilisée pour la fracturation hydraulique par exemple), ce qui fausse toute tentative de compréhension par le grand public.

Je suis attristé de voir le sensationnalisme l’emporter sur les faits. Car avec Gasland, on est tout de même plus proche de la fiction partisane que du véritable documentaire factuel !

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Un commentaire sur “Gasland reçoit un Emmy Award : une prime à l’obscurantisme !

  1. […] Voici ce que j’en écrivais à l’époque : une prime à l’obscurantisme ! […]

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