La France peut faire baisser durablement le prix du gaz

Alors que la température commence à baisser progressivement, au moment où la crise économique se confirme et où l’on entrevoit même une récession, une très mauvaise nouvelle vient de tomber : le Conseil d’Etat vient de suspendre hier le gel des tarifs réglementés du gaz.

Voilà de quoi inquiéter les 10 millions de ménages français qui en bénéficient. La hausse qui devrait être répercutée est en effet évaluée entre 8,8 et 10 % ! Les lendemains de fête vont avoir un goût très amer, surtout si l’hiver est rude…

Le Gouvernement a désormais un mois à peine pour trouver une solution à ce problème. Laissons cela à Monsieur Eric Besson, ministre chargé de l’Industrie et de l’Energie.

Mais que l’on réfléchisse un peu à moyen et long terme : cette énergie, nous l’importons massivement (98 %) à grands frais (9,7 milliards d’Euros). Disposer d’une ressource d’énergie est un actif économique et stratégique incomparable. Les russes ne s’y sont pas trompés, en sécurisant leurs approvisionnements vers l’Europe grâce au nouveau gazoduc Nord Stream inauguré triomphalement par Dmitri Medvedev, Angela Merkel et… François Fillon.

Aussi, je me permets d’attirer l’attention du gouvernement, mais aussi de l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle, sur les gaz de schiste. Car oui, la France possède des hydrocarbures, emprisonnés dans des gisements non conventionnels. Nous avons bel et bien du méthane sous le sol métropolitain, juste sous nos pieds !

Comme je l’ai déjà démontré dans un précédent billet, l’exploiter, c’est à la fois améliorer notre balance commerciale (et peut-être sauver par la même occasion le fameux triple A), créer des emplois, garantir une meilleur indépendance énergétique… mais surtout faire baisser le prix du gaz ! Cela ne nécessite ni arbitrage, ni loi. Il suffit de laisser le marché national s’approvisionner localement et d’encadrer l’exploitation. C’est une question de volonté politique.

Bien sûr, cela prend un peu de temps pour que l’exploitation produise des effets sur les prix. Mais les résultats sont impressionnants : aux Etats-Unis, le prix a été divisé par 3 en 3 ans.

Alors qu’attend-on pour s’y mettre ?

La France maso-schiste

Après l’avoir laissé grimper vertigineusement au cours des semestres passés, voici qu’à l’approche de l’hiver, le Gouvernement a décidé de geler le prix du gaz domestique pour les particuliers. Cette fausse bonne nouvelle devrait inquiéter les nombreux ménages qui n’ont déjà plus les moyens de régler les factures de chauffage et appréhendent avec angoisse celles qui vont leur être présentées dans les mois à venir. Espérons que l’hiver ne sera pas trop rude !

De leur côté, les industriels verront leur facture augmenter de 4,9%, alors que relancer la machine économique nécessiterait une politique d’énergie bon marché. En période de crise, tout ce qui grève inutilement les budgets devrait être reconsidéré, d’autant plus qu’en matière de gaz nous disposons des moyens d’éviter ces surcharges. On pourrait ainsi alléger le panier de la ménagère et permettre à nos entreprises de faire preuve d’une meilleure compétitivité.

Du gaz naturel ? Nous en avons sous nos pieds. On l’appelle gaz de schiste, même si le terme est impropre et chatouille mon oreille de géologue. Ce gaz de gisements non conventionnels et les huiles qui l’accompagnent imprègnent la plupart des roches argileuses et des marnes qui constituent 50% environ de notre sous-sol. Son transport ne cause aucun souci majeur grâce au vaste réseau de gazoducs qui sillonne notre pays.

Mais la situation est devenue ubuesque au pays de Descartes, l’irrationnel le disputant au comique de situation comme le signale une journaliste du Monde dans un remarquable édito que tout le monde devrait lire.

Certaines vestes, à force d’être retournées, vont avoir les coutures qui craquent !

Ce micmac serait risible si nous n’avions pas perdu à la fois un temps précieux et un argent qui nous fait cruellement défaut aujourd’hui. En exploitant le gaz de schiste, les Etats-Unis ont fortement réduit leur dépendance énergétique en trois années à peine et s’apprêtent à exporter du gaz, en transformant les terminaux prévus pour l’importation de LNG (gaz naturel liquéfié) pour en faire des terminaux d’exportation. Pendant ce temps, la France continue d’importer 98% du gaz qu’elle consomme, en attendant le jour proche où elle importera sans doute du gaz de schiste de Pologne et d’ailleurs…

Rappelons que le gaz est essentiellement consommé pour la cuisine, le chauffage et la production d’électricité. J’ajouterai qu’étant plus proche des lieux de consommation, le transport de ce gaz génèrerait une moindre quantité de CO2. Voici un exemple simple et concret de démondialisation qui devrait plaire à Arnaud Montebourg…

Au cours des trois années passées, le prix du gaz domestique a baissé de 75% aux Etats Unis tandis qu’il augmentait de 65% en France. En laissant l’industrie produire le gaz de schiste, l’Etat pourrait baisser durablement le prix du gaz sans passer par la loi (une manie bien tricolore de tout légiférer). Il suffirait de laisser faire le marché

Voilà qui devrait faire réfléchir le Gouvernement, lequel fait actuellement face à un quadruple défi : le besoin impératif de réduire les déficits publics et d’alléger une dette souveraine insoutenable, la nécessité d’assurer l’indépendance énergétique du pays, le maintient du pouvoir d’achat des citoyens et la lutte contre le chômage.

– L’exploitation d’un gaz national « captif » permettrait de réduire la facture « pétrolière » de la France. En 2010, cette facture s’élevait à 46,1 milliards d’Euros, en hausse de 19 % par rapport à 2009 selon le Commissariat général au développement durable. Sur cette somme, 9,7 milliards d’Euros concernaient le gaz naturel. Au premier semestre 2011, le déficit commercial extérieur de la France s’est établi à 37,5 milliards d’euros, dont 30 milliards directements imputables à la facture pétrolière. Cette dernière devrait dépasser 60 milliards d’Euros en 2011, freinant ainsi la progression du PIB de notre pays, menaçant sa notation AAA et contribuant, du fait de nôtre entêtement, à l’érosion de la monnaie européenne dont la parité ne peut que s’effriter par rapport à d’autres devises de référence.

– Que l’on réduise ne serait-ce que de moitié cette facture, grâce à l’exploitation du gaz et des huiles de schiste que l’on trouvera dans le sous-sol métropolitain, notre balance commerciale s’en trouvera allégée d’autant et l’on pourra affecter les sommes économisées au remboursement progressif de notre dette qui atteint aujourd’hui la somme famamineuse de 1 646 milliards d’Euros et qui représente 84,7% de notre PIB.

– L’autre argument fondamental en faveur de la production de gaz et d’huile de schiste est la possibilité de réduire partiellement notre dépendance énergétique vis-à-vis de nos fournisseurs habituels que sont l’Algérie, la Libye, le Nigéria, le Gabon, le Cameroun et une vingtaine d’autres pays pour le pétrole ; et la Russie, la Norvège, les Pays-Bas, l’Iran et l’Algérie pour le gaz.

– Une filière économique complète pourrait voir le jour si nous revenions enfin sur notre attitude irrationnelle et bornée. En 2010, 350 000 personnes travaillaient sur les seuls gisements de gaz et d’huile de schiste de Barnett, Eagle Ford (1), Marcellus (2) et Bakken (3) auxquels il convient d’ajouter les gisements de moindre importance tels Antrim, Fayettville, Haynesville, Niobrara et Uttica. Les débats sur les chiffres sont âpres, car le calcul des emplois directs et indirects est parfois flou (le morcellement des petits acteurs rend toute statistique complexe), mais ce plancher est communément admis. Faut-il rappeler que ces emplois sont directement liés à la zone d’exploitation et contribuent à la richesse des communes qui abritent ces gisements. Ils ne se délocalisent donc pas !

Hélas, la France a adopté une attitude « maso-schiste », que je regrette amèrement. Compte tenu de l’état de nos finances, il me parait immoral et préjudiciable pour notre économie de bannir la production de cette ressource inespérée.

Pendant ce même temps, la Pologne se réjouit de l’exploitation de cette précieuse ressource dont elle dispose, et qui lui permettra de s’affranchir du joug russe. L’Angleterre prospecte les réserves très prometteuses du Lancashire, le tout fortement encadré par les autorités locales et nationales. De son côté, le Président américain Barack Obama se félicitait en avril dernier de la révolution énergétique du gaz de schiste et encourageait son Secrétaire d’Etat à l’Energie, le Prix Nobel de Physique Stephen Chu, à coordonner et encadrer son exploitation afin de faire progresser sécurité et respect de l’environnement.

A l’heure des choix énergétiques et budgétaires, on devrait peut-être réfléchir posément aux solutions qui s’offrent à nous, sans dogmatisme. Des solutions pragmatiques existent, elles peuvent être intelligemment réglementées pour que nous en profitions dans les meilleures conditions.

(1) Barnett et Eagle Ford sont situés au Texas. Le gisement de Barnett, dans la région de Dallas-Fort Worth, a été le premier gisement de gaz et d’huiles de schiste découvert aux Etats Unis. Depuis 1999, il a permis de créer 100 268 emplois (source : Fort Worth Chamber of Commerce) et engendré des dépenses locales de l’ordre de 65 Milliards de dollars. En 2010, l’Etat du Texas et les communes situées sur le gisement ont perçu des taxes diverses se montant à 1,6 milliards de dollars. En 2010, le gisement d’Eagle Ford, au voisinage de San Antonio, faisait travailler 12 600 personnes et a généré 3 milliards de dollars de revenus. Une étude prospective effectuée par le Center for Community and Business Research de l’Université du Texas à San Antonio prévoit qu’en 2020, il y aura 5 000 puits de forés sur le gisement et que 68 000 personnes y travailleront.

(2) En Pennsylvanie, depuis la découverte du « Colonel » Drake en 1859, quelques 350 000 puits ont été forés , mettant à jour une multitude de gisements d’huile et de gaz, le dernier en date étant l’immense gisement schisteux de Marcellus qui s’étend sur plus de 200 km et déborde au nord sur l’Etat de New York. D’après une étude de la Penn State University, en 2010, l’exploitation du gaz des schistes de Marcellus a rapporté 11,2 milliards de dollars à l’économie locale et supporté près de 140 000 emplois directs et induits. Quelque 1,1 milliard de dollars de taxes diverses ont été versées à l’Etat de Pennsylvanie et aux communautés locales. Une étude prospective effectuée par la Natural Resources Economics, Inc. conclut que lorsque le gisement de Marcellus sera complètement développé, en 2020, 211 000 personnes travailleront à sa mise en production.

(3) Le gisement de Bakken, dans le Dakota du Nord, parait être l’analogue du Bassin de Paris, On y retrouve la même série géologique mais elle est moins épaisse. Le potentiel pétrolier du gisement de Bakken est énorme et est estimé à une fourchette comprise entre 4 et 24 milliard de barils. On pense que les réserves du Bassin de Paris seraient supérieures.