De l’énergie, made in France

Made in France. Origine France Garantie. Product of France. Des mots. Ce ne sont que des mots… et vouloir faire de ce mantra l’un des sésames de la prochaine campagne présidentielle est bien la preuve par neuf de l’attrition de la pensée politique. Et pourtant, le coq gaulois qui sommeille en chacun d’entre nous devrait savoir que pour faire du made in France intelligemment, il faut commencer par disposer de ressources naturelles fiables et bon marché.

L’appât du gain a poussé nos industriels à délocaliser notre production vers des pays où salaires et charges sociales sont au plus bas de l’échelle et les acheteurs que nous sommes se sont précipités sur ces marchandises venues d’ailleurs que l’on payait à peine quelques kopeks de moins. Les pouvoirs publics ont laissé faire en pensant que la France, fière comme Artaban, garderait les idées et la création et que d’autres, besogneux, mettraient les mains dans le cambouis. Et voilà que fin 2011, on fait mine de découvrir qu’en 3 ans à peine, la France avait perdu 100 000 emplois industriels et que 900 usines avaient mis la clé sous porte (voir cet article des Echos). Sur trois décennies, le constat est encore plus affolant .

Que va-t-il advenir maintenant que la crise s’installe et que le chômage gangrène notre modèle ? Les incantations actuelles pour faire revenir en France la production d’un certain nombre de produits qui ont quitté le territoire semblent assez  superficielles. Il ne suffira pas de relocaliser la production de quelques produits de renom comme l’ont fait les bonnetiers à Troyes et  les skis Rossignol et Dynastar à Sallanches pour que la machine redémarre. Quant au label « made in France », autant dire qu’il  n’est pas encore très lisible pour qui voudrait consommer tricolore. Certains s’écharpent même pour savoir si 50% de la valeur ajoutée suffiraient pour le mériter ou s’il faut établir des grilles plus ou moins vertueuses sur le modèle de l’étiquetage électroménager : 60%, 70%…

Nous devons nous rendre à l’évidence : nous sommes entrés, les mains vides, depuis deux bonnes décennies dans l’ère postindustrielle et cette dernière a vidé les bassins d’emploi… de leurs emplois. En 2011, la production industrielle en France ne représente plus que 10% du PIB en valeur et à peine plus en termes de postes.

Il nous faut repartir du pied droit, avec des idées neuves, ouvrir de nouvelles voies et nous montrer les meilleurs et les plus compétitifs dans ces nouveaux domaines. Avant toutes choses, il faudrait que l’Etat se réforme et réduise son train de vie. Avons-nous besoin de 348 sénateurs quand les Etats Unis, cinq fois plus étendus que nous, avec une population cinq fois plus nombreuse n’en ont que 100 ? Nous aurons bientôt 588 (577 + 11) députés contre 435 aux Etats Unis et 450 en Russie. Est-il normal que les 100 préfets en exercice habitent de petits Versailles ? La réponse est non ! Est-il possible de ramener les choses à leurs justes proportions ? Je pense que oui  mais hélas, ce n’est pas la direction que nous prenons.

La seule piste qui nous reste est d’augmenter notre P.I.B. tout en gelant les dépenses de l’Etat à leur niveau actuel. Ainsi le rapport dépenses/revenus baissera dans des proportions qui rendront la situation beaucoup plus acceptable… tout en préservant les sinécures de nos élus et de nos édiles.

De par ma profession, je m’intéresse naturellement à la facture pétrolière de la France qui tend allègrement vers 60 milliards d’euros cette année. Excusez du peu ! La réduire me parait l’évidence même et pour cela, sauf à imposer des restrictions, il nous faut sécuriser une énergie à bas prix de revient. C’est la condition sine qua non de toute réimplantation industrielle dans l’hexagone et le seul moyen de réparer le tissu industriel et de le faire passer de son taux actuel à 50% de l’emploi, réduisant ce faisant le chômage endémique que connait notre pays.

Car si les français ont affirmé récemment dans un sondage qu’ils étaient prêts à payer plus cher un produit fabriqué ou assemblé en France au lieu d’être importé, se rappelant le vieil adage « nos emplettes sont nos emplois », il faut préciser qu’ils ne l’acceptent que si l’écart de prix est de 10 à 15%. Or il est aujourd’hui de l’ordre de 25% au minimum ! Comment réduire cet écart ? Par les coûts de production, et donc en bonne partie par une énergie bon marché.

Le nucléaire est une piste sérieuse qu’il nous faudra sans doute abandonner un jour pour diverses raisons. Le renforcement de la sécurité de nos centrales semble avoir un coût que l’on n’avait pas imaginé. L’hydroélectricité transforme les paysages et l’approvisionnement en eau pourrait être compromis en raison du réchauffement climatique. L’hydrogène, la géothermie profonde et les hydrates de méthane seront à la portée de tous dans cinquante ans ou plus, car la technologie n’est pas encore au point. Quant aux énergies renouvelables, elles coûtent très cher au contribuable et font appel aux terres rares que nous n’avons pas et dont la Chine contrôle 95% de la production mondiale. Leur fiabilité dans l’approvisionnement continu reste problématique : une éolienne fonctionne rarement à plein rendement. Quant au solaire, il est logique de rappeler qu’il est inefficient la nuit.

Restent le gaz et les huiles de schiste que la France possède en abondance et ces ressources domestiques jouissent à la fois des labels « Made in France », « Origine France garantie » et « Product of France ». Et là, sans aucun doute, ce sera à 100 % ! Les salariés de la raffinerie Petroplus de Petite-Couronne seraient  sans doute désolés de savoir que les hydrocarbures qui leur manquent pour poursuivre leur activité se trouvent sous leurs pieds, en grande quantité et  à des prix abordables. Les citoyens en général devraient s’interroger, à l’heure où l’on cherche désespérément de l’argent pour boucler le budget, sur le ridicule de la situation.

Car stupidement, nos politiques tournent le dos aux hydrocarbures de schiste, préférant voir la ménagère payer son gaz au prix fort quitte à battre le briquet pour se réchauffer quand elle ne pourra plus payer sa facture de chauffage. Ils préfèrent voir la France s’enfoncer lentement dans son déclin tel le paquebot qui vient de heurter un iceberg. Ils me font penser à  l’orchestre de bord qui continuerait à jouer un air entrainant ! Alors qu’avec de l’énergie « made in France », on pourrait faire repartir la machine industrielle, créer des emplois et réduire notre dette souveraine.

De grâce, Messieurs les politiques, retroussons nos manches et cessez d’écouter les prophètes de malheur. Je ne suis pas bouvier et ne saurais l’être. Quant à José Bové, il n’est pas géologue que je sache !

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