Peut-on vraiment se réjouir que Nicole Bricq instaure une exception énergétique française ?

Le G8 s’est récemment achevé à Camp David, avec son habituelle distribution de satisfécits et de bons points. Dans ma prime jeunesse, à l’école maternelle, avec les bons points que nous non plus n’avions guère mérités, la maîtresse nous donnait des bonbons mais au moins elle pouvait placer en nous quelque espoir de progrès. Or de progrès, il est à craindre qu’il n’y en ait pas dans ce rassemblement des puissances industrielles, et c’est en partie la position française qui en est responsable. Jacques Brel doit se retourner dans sa tombe en recrachant ses bonbons.

La politique ne m’intéressant plus guère, je me suis donc penché sur la façon dont le G8 traite les problèmes d’énergie qui, bien souvent hélas, sont accouplés aux questions climatiques. Grave erreur, car si tous deux traitent de croissance, les premiers concernent les hommes et leur devenir, les secondes concernent les plantes qui végètent et n’ont pas la parole !

En France, pour les 2,5% d’électeurs qui ont voté Eva Jolly et pour un nombre plus important de sympathisants qui se sont fédérés au sein de plusieurs milliers d’associations de défense de l’environnement, l’énergie est devenue une nuisance et pour tout dire, l’hydre à abattre. Mais quelle hérésie ! Depuis Prométhée, c’est l’énergie qui a permis à l’humanité de faire les bonds en avant que l’on sait en apportant confort, sécurité et gains de productivité : l’énergie est l’un des moteurs du progrès et l’énergie abondante à bas prix, je ne cesserai de le répéter, est comme un turbo-propulseur.

Depuis la domestication animale et la conquête d’Alexandre le Grand en 333 avant notre ère et jusqu’à la calamiteuse guerre de 1870-1871, l’humanité en était resté à des ressources simples et peu efficaces, ce qui ne l’a pas empêchée de faire de grandes réalisations par ailleurs. Les choses commencèrent à bouger avec la découverte des nouveaux usages de l’or noir à Pechelbronn, en 1875. Il s’agit de l’un des premiers gisements de pétrole au monde à être exploité (depuis 1740) et il se trouve en France, en Alsace. Qu’on me permette de rappeler ainsi que cela fait donc longtemps qu’en France, on a du pétrole

Grâce à cet or noir tant décrié par nos écologistes et au progrès de la mécanique, le XXème siècle a connu le progrès de la traction automobile, de l’aviation à moteur, des fusées, navettes et stations orbitales. L’humanité a découvert et profité de nouveaux horizons et je vois assez mal comment la transition écologique chère à Nicole Bricq pourrait nous aider à progresser dans cette voie que les gens de ma génération ont ouverte.

Néanmoins, en lisant le compte-rendu du G8, on pourrait se réjouir de certains éléments de la déclaration finale :

  • Il est rappelé au point 10 que dans des économies en croissance, il est indispensable de subvenir aux besoins énergétiques en piochant dans une très large palette, des énergies fossiles aux énergies renouvelables. Voilà qui est sage et permet à chacun, en fonction de sa situation, de réaliser son bouquet énergétique sans ostraciser aucune source d’énergie. C’est une ouverture d’esprit consensuelle et de bon aloi.-
  • Plus intéressant, le point 11 annonce une volonté commune de partager les bonnes pratiques en matière de production d’énergie, en particulier l’exploration de nouvelles ressources grâce aux technologies telles que le forage profond et la fracturation hydraulique. Ainsi, les avancées techniques des uns profiteront aux autres. C’est ce que l’on appelle une démarche de progrès, un mot devenu quasiment tabou aujourd’hui auprès d’une certaine frange de notre population et dont le Ministère du Redressement productif devrait prendre bonne note.

Mais hélas, le diable se cache dans les détails et c’est Nicole Bricq, notre nouvelle ministre de l’ Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, qui a introduit un incroyable bémol dans la déclaration finale du 19 mai dernier. Selon Mediapart, elle serait parvenue à glisser dans cette déclaration : le G8 encourage la fracturation hydraulique « là où elle est autorisée » (where allowed).

Autrement dit, la France par la voix d’une inconnue sans qualification particulière dans un domaine qui n’est pas le sien, a fait voler en éclat le consensus si difficilement atteint sur la coopération technique. Il semblerait même que dans certaines sphères gouvernementales on se réjouisse de cet incroyable gâchis. Pour nous c’est le coup de pied de l’âne. Pendant cinq ans, nous avons eu en matière d’énergie un quarteron de talentueux incapables et l’on pouvait espérer qu’avec le changement de gouvernement et un Ministre de l’Industrie (pardon, du « Redressement productif ») chantre de la démondialisation et de la relocalisation des activités productives, des décisions plus rationnelles et bénéfiques pour notre économie interviendraient. Mais il a fallu tomber sur un cadre de l’industrie, Sénatrice, de surcroit proche des Verts, qui entend faire prévaloir son programme de bric et de broc.

La France fait une fois encore cavalier seul sur la scène internationale en prônant une exception énergétique difficile à comprendre. Cette attitude aberrante rappelle celle des trois singes, qui se voilent la face pour ne pas voir, se bouchent les oreilles pour ne pas entendre et se bâillonnent pour ne rien dire. Nous nous mettons la main devant les yeux pour ne pas voir les richesses énergétiques que nous avons vraisemblablement sous nos pieds et dont l’exploitation contribuerait au redressement de notre balance commerciale, nous nous bouchons les oreilles pour rester sourds aux avancées du monde qui nous entoure et nous nous taisons puisque personne ne veut nous écouter.

Pourrait-on enfin cesser notre isolationnisme idéologique et aborder ces questions d’énergie d’une manière pragmatique ? Il n’est que temps !