Un quadriptyque atypique : leçons de duplicité

Certains de mes lecteurs qui ne m’aiment pas souhaitent me voir disparaître rapidement. Je suis flatté de l’attention qu’ils me portent et, compte tenu de mon âge avancé, cela ne saurait trop tarder, mais je ne suis pas particulièrement pressé. Je n’en adresse pas moins mes meilleurs vœux de santé à tous mes lecteurs.

Y-aurait-il deux poids, deux mesures dans la politique française des hydrocarbures, si tant est que nous ayons une telle politique ? Je pense notamment à ce qui concerne la fracturation hydraulique, que je préfère appeler fissuration ou stimulation car « fracturation » me fait penser à Jo-les-gros-bras dont la spécialité est d’ouvrir les coffre-fort de ceux qui en ont perdu la combinaison, ou la clé, ou les deux à la fois. Certes, un journaliste du Monde ironise sur la question de sémantique, mais dans un débat aussi chargé d’émotion et d’irrationnel que celui des hydrocarbures de schiste, cela ne prête même pas à sourire bien que j’eusse préféré l’entendre parler du « ramassage » de la roche-mère si je puis m’exprimer ainsi.

Bref, malgré l’alternance qui s’est produite en mai dernier, la France continue de déployer dans son discours et dans ses actes une duplicité qui se fait chaque jour plus flagrante et je me demande comment il est possible qu’elle ne ternisse pas durablement la position française qui est proprement schizophrénique comme je le répète inlassablement. Voici un cas d’école en quatre actes que je vous propose d’étudier. Je n’en avais que trois au moment de sa rédaction, mais faute de l’avoir publié en son temps, ce triptyque est devenu un quadriptyque comme dirait Ségolène Royal.

  • ACTE 1

En septembre 2011, trois ministres du précédent gouvernement se félicitaient de la découverte en eaux profondes d’un gisement d’hydrocarbures au large de la Guyane (baptisé Zaedyus), une découverte qui confirmait la théorie des champs jumeaux bien connue des géologues. Il s’agissait de Nathalie Kosciusko-Morizet (Environnement), Eric Besson (Industrie et Energie) et Marie-Luce Penchard (Outre-Mer). Hourra ! L’heure était à l’enthousiasme et à l’espoir de redonner vie à un département en manque d’emplois et de ressources… alors même que les richesses du sous-sol métropolitain étaient mises sous cloche par l’interdiction de pratiquer la fracturation hydraulique pour exploiter les hydrocarbures de schiste qui s’y trouvent. Ne cherchez pas la logique car il n’y en pas. Je m’en étais moi-même offusqué à l’époque.

  • ACTE 2

L’éphémère Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable, Nicole Bricq, farouche opposante aux hydrocarbures de toute sorte et ennemie déclarée de la fracturation hydraulique sous quelque forme que ce soit, dans un arrêté fait de bric et de broc, décide unilatéralement de mettre un terme à la campagne de forage du consortium Shell / Tullow / Total. Fort heureusement, elle est relevée de ses fonctions en trois coups d’écuyer à Pau et se trouve, overnight comme disent les Anglo-saxons, propulsée au poste de Ministre du Commerce Extérieur. Une sorte de promotion punition.

Dans son nouveau poste, lors d’un marathon en Algérie pour promouvoir le savoir-faire industriel tricolore, voilà qu’elle devient le héraut de la fracturation hydraulique à la française. Pincez-moi, je rêve ! Et pourtant, si l’on en croit le journal Libération, elle se serait fait l’introductrice auprès de la grande compagnie pétrolière et gazière nationale algérienne, Sonatrach, de la société Saltel Industries, du Rheu près de Rennes, inventeur d’un packer (*) métallique gonflable permettant une meilleure étanchéité des perforations réalisées dans les puits lors d’opérations de fracturation hydraulique.

Que faut- il en déduire ? Est-ce un mauvais tour que nous jouons aux Algériens ? Nicole Bricq a-t-elle mis un mouchoir sur ses convictions, les a-t-elle reniées fissa, ou bien celles-ci n’étaient-elles qu’ évanescentes ?

  • ACTE 3

Le Point s’est fait l’écho de confidences du Ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, avant que ne débute la visite officielle et très attendue du Président François Hollande à Alger pour y faire SA repentance comme d’autres font pénitence à Canossa. Dans ses propos, nous relevons une information capitale : la France et l’Algérie vont prochainement signer un accord permettant des recherches françaises sur le territoire algérien… dans le domaine de l’exploitation des gaz de schiste. Tiens donc !

L ’Algérie est un pays riche en hydrocarbures, c’est même le quatrième exportateur mondial de gaz. Partenaire commercial de la France, l’Algérie représente 15% de nos importations de gaz naturel et un peu plus d’1% de nos importations de pétrole. Mais le pays mise excessivement sur les hydrocarbures pour son développement (le gaz représente 90% de ses recettes extérieures), sa consommation explose sous la pression démographique et ses réserves s’épuisent lentement. Or l’Algérie possèderait près de 17 000 milliards de mètres cubes de ce gaz honni en France, soit quatre fois plus que ses réserves de gaz conventionnel. On comprend que le pays cherche à exploiter cette ressource, toutefois il faut commencer par l’évaluer avec une précision relative et j’imagine la légitime fierté que la France ne manquera pas de tirer de la confiance qui lui est accordée.

Mais alors, si ce partenariat est une si bonne nouvelle, qu’attendons nous pour mener des essais sur le territoire national, profitant de l’occasion pour acquérir un avantage technologique que nous pourrions utilement exporter ? Nous attendons peut-être que les Algériens maitrisent la technologie pour venir faire des recherches sur notre territoire, partant du principe de réciprocité ? Pour paraphraser un amoureux de la logique, le regretté Blaise Pascal, nous dirons en inversant la phrase comme dans certains mots croisés : vérité au-delà de la Méditerranée, erreur en deçà.

  • ACTE 4

Nous arrivons maintenant au dénouement, tout aussi absurde que les précédents actes. La Ministre de l’Ecologie, du développement durable (sic) et de l’énergie, Delphine Batho, s’est empressée de démentir la confidence prometteuse de Laurent Fabius à propos des projets de collaboration entre la France et l’Algérie. S’agit-il d’un simple dérapage ? Que nenni, comme le conclut le Point, Laurent Fabius n’est pas le perdreau de l’année et on aurait du mal à croire à une imprudence de sa part. Tout penche en faveur d’un rétropédalage en règle, pour des raisons que tout le monde ignore une fois encore. Mais que seule Madame Batho connait.

 

Entre ceux qui changent d’avis et ceux qui se contredisent, difficile de trouver une quelconque logique dans la position de la France. Espérons que le débat national sur la transition énergétique permettra de mieux la définir.

 

(*) Un packer classique est un bouchon gonflable en caoutchouc synthétique que l’on descend dans un trou de forage pour faire une ou plusieurs obturation(s) provisoire(s).

Face au culot de certains, retrouvons l’audace !

Criminelle, comme l’a dit François Fillon ? Peut-être pas, certes, mais inconcevable, absurde, inique, allant à l’encontre des intérêts de la France et des Français, à l’exception des écologistes pour qui le Traité de Rome qui leur sert de bréviaire est encore trop osé… telle est la position du chef de la France à l’égard des gaz et huiles dits de schiste. Nous exagérons ? Allons bon, disons qu’elle est schizophrénique ! On voudrait les effets sans la cause. François Hollande n’ignore pas l’existence de ce relais de croissance que nous avons sous les pieds et dont la mise en production conforterait notre balance commerciale et contribuerait à faire infléchir la courbe du chômage mais, dans le même temps, il en bannit la recherche et l’exploitation sous des prétextes fallacieux qui font plaisir à l’aile minoritaire de sa majorité. Et pourtant, les Français ont le droit inaliénable de savoir ce que recèle le sous-sol de leur pays : c’est l’un des fondements mêmes du Code Napoléon.

A l’heure où l’on débat de la transition énergétique (alors qu’il s’agit simplement de l’évolution du bouquet énergétique, car la transition nous la vivons quotidiennement depuis que nous sommes passés du bois au charbon, puis à l’hydraulique, au pétrole et au nucléaire), seule la mise en exploitation de nos ressources en gaz et huiles dits de schiste nous permettra dans les années qui viennent de réduire la part du nucléaire dans nos sources d’approvisionnement. Les hydrocarbures sont les seules ressources fiables (par rapport à l’intermittence des renouvelables), stockables et rentables.

Inconstitutionnelle ? Cette position l’est vraisemblablement ! La loi 2011-835 dite Loi Jacob votée le 13 juillet 2011 et publiée en catimini le jour de notre fête nationale prévoit la création d’une Commission de suivi dont le premier membre, Michel Teston, Sénateur socialiste de l’Ardèche vient d’être nommé par Jean-Pierre Bel, Président du Sénat. Il n’entre pas dans les prérogatives du Chef de l’Etat de retoquer cette loi et, plutôt que de la voir s’étrangler d’apoplexie à la pensée que ces hydrocarbures aient un jour droit de cité, nous suggérons à Madame Delphine Batho de changer de fonctions. Qu’importe si l’Energie se trouve privée de ses lumières (sic).

Après avoir prêché dans le vide pendant plus de deux ans pour défendre les gaz et les huiles dits de schiste, avoir été ignoré de la plus part des média et de l’ensemble de la classe politique, subi des sarcasmes et des dénigrements, nous constatons que de tous côtés des voix s’élèvent maintenant pour venir à leurs secours et nous confortent dans notre position première : évaluons-en le potentiel, modernisons le cadre d’exploitation, dépoussiérons le code minier et mieux, créons un code pétrolier et encadrons les travaux de normes acceptées et reconnues.
Ces voix, ce sont celles de personnalités politiques de tous bords, comme en témoignent les interventions de Michel Rocard et de François Fillon dans la presse, du MEDEF, de l’UFIP, de nombre de grands patrons, des journalistes toutes tendances confondues qui se faisaient hier encore l’écho sans scrupule des propos mensongers et infondés des José Bové, Nicolas Hulot, Eva Joly, Corinne Lepage, Noël Mamère ou encore Michèle Rivasi. Bref, tous ceux qui ont observé un mutisme assourdissant pendant la mandature de Nicolas Sarkozy et celle de François Hollande prennent enfin conscience de s’être trompés. Nous avons une pensée que l’on souhaiterait émue pour Christian Jacob et ses 269 collègues de l’UMP, géniteurs de la loi scélérate 2011-835 interdisant la fracturation hydraulique. Seigneur, pardonnez- leur leurs offenses mais la pêche aux voix électorales et le panurgisme les a sans doute aveuglés. Quant aux écologistes, « Notre Parent Numéro Un » qui êtes aux cieux, absolvez-les car ils ne savent pas ce dont ils parlent.

Nous ne savons pas s’il faut nous réjouir d’avoir enfin été entendus et d’avoir peut être contribué à ce changement d’opinion. Nous n’avons fait que dire notre vérité face aux contre-vérités que le documentaire Gasland a propagées à l’encan et dont le Président Hollande s’est fait le porte parole lors de la Conférence environnementale de la mi-octobre et de sa récente Conférence de Presse. Aujourd’hui, nous allons plus loin et réclamons de l’audace.

Car si vous changiez d’avis Monsieur le Président (seuls les imbéciles n’en changent pas) nous savons bien que ces vents favorables ne seront que le début de nouveaux combats passionnants :

  •  Combat contre certains membres de votre majorité, actuellement inféodés aux altermondialistes pour qui la régression est un signe de progrès. Ils ne veulent ni du nucléaire, ni des hydrocarbures fossiles et dissimulent mal sous le terme de « sobriété » un programme de décroissance et de pauvreté. Avec de pareils alliés, le Gouvernement n’a plus besoin d’adversaires, il a déjà sa cinquième colonne !
  • Combat contre les multiples collectifs qui se sont constitués à l’appel de José Bové et qui, sentant le vent tourner, brandissent déjà l’étendard de la révolte et l’on sait que la vox populi étant la vox dei il conviendra de se munir de rameaux d’olivier et de les agiter à bon escient. Car eux sont prêts à une mobilisation pas toujours très pacifique ni respectueuse des lois.

Toutefois il y a un combat que nous sommes prêts à mener avec vous, c’est celui de la croissance en devenir et de la lutte contre le chômage. La voie est on ne peut plus étroite compte tenu de la crise financière qui grippe l’économie mondiale. La croissance ne viendra pas d’elle-même : il convient de la provoquer, de retrouver l’inventivité de nos industries avec des idées neuves, venant de jeunes gens ayant l’âge de vos plus jeunes ministres. Ainsi, autoriser aujourd’hui la recherche des gaz et huiles dits de schiste serait un excellent moyen de mettre une soixantaine de sociétés pétrolières au travail avant même que l’encre ne sèche sur leurs contrats d’octroi de permis. Car si ces sociétés espèrent gagner de l’argent, il faut savoir qu’elles vont commencer par en dépenser beaucoup pour mener à bien les recherches parce que c’est ainsi que fonctionne le secteur pétrolier : dans la durée.

Tourner le dos à cette manne serait irrationnel alors qu’aujourd’hui même, nos amis anglais viennent de lever le moratoire sur l’exploitation par fracturation hydraulique des gaz dits de schiste : God save the british shale gas ! Le pragmatisme anglais anticipe sur la place que tiendra le gaz dans le bouquet énergétique du futur. Nous, nous ferons appel alors à davantage de gaz russe que Gazprom se réjouit à l’avance de nous fournir. Et ils ne sont pas les seuls à préférer une ressource naturelle : nos amis polonais disposent d’importantes ressources, comparables à celles de la France. Dans quelques années, nous demanderons aux plombiers polonais de nous envoyer du gaz dit de schiste qui, venant de chez eux, n’est pas polluant et n’a aucun effet de serre (sic) et, en prime, ils viendront l’installer dans nos usines et nos foyers faute de posséder nous-mêmes la technique pour le faire. Quel gâchis !

Autres temps autres mœurs, le Parti Socialiste n’a pas toujours été opposé à la recherche des hydrocarbures fossiles, bien loin s’en faut. Que l’on se rappelle Paul Ramadier, nommé sous secrétaire d’Etat aux Mines et aux Combustibles liquides du gouvernement de Front populaire en 1937 : il relança la recherche pétrolière en France. A son initiative fut créé le Centre de Recherches de Pétrole du Midi (CRPM) qui était alors chapeauté par l’Office National des Combustibles Liquides. Le CRPM fut à l’origine de la découverte du champ de gaz de Saint-Marcet, non loin de Saint-Gaudens, le 14 juillet 1939. Puis il participa à la création de la Régie Autonome des Pétroles (RAP) quelques mois plus tard et, en 1941, à celle de la Société Nationale des Pétroles d’Aquitaine (SNPA) dans laquelle l’Etat détenait une participation de 55%. Le 19 décembre 1951, la SNPA découvrit le champ de gaz de Lacq profond qui pendant 60 ans fut un des fleurons de l’industrie française et qui n’a peut être pas dit son dernier mot !

Voilà l’histoire d’une audace payante et réussie. En effet, l’incroyable gisement de 260 milliards de mètres cubes de gaz venait d’être découvert mais hélas, cette aubaine était enfouie profondément à plus de 3 000 mètres sous la surface. Pis, ce gaz était riche en CO² et en hydrogène sulfuré, produits extrêmement corrosifs qui mettaient à rude épreuve le matériel traditionnel. D’autres auraient jeté l’éponge, considérant que ce trésor était techniquement trop toxique et inexploitable. Mais le génie français n’a pas baissé les bras face à ce défi de taille ! On mit au point un acier spécial capable de résister aux gaz corrosifs, on inventa de nouvelles méthodes, on perfectionna les techniques, on automatisa et en 1955 on put produire du butane, du propane, du pétrole et du soufre. Près d’un tiers de la consommation nationale de gaz était produite sur le territoire national à partir des années 60, une indépendance énergétique dont on n’ose rêver aujourd’hui alors qu’ elle est peut-être possible. Une région autrefois agricole prenait son envol industriel, et des futurs champions de l’industrie naissaient : la Société nationale des pétroles d’Aquitaine (ancêtre d’Elf Aquitaine devenu Total depuis) les aciéries de Pompey et Vallourec.

Pourquoi n’autorise-t-on pas aujourd’hui un programme aussi ambitieux sur les hydrocarbures de schistes afin d’en récolter les fruits sur le long terme ? La réponse est simple : en 1955 il n’y avait pas d’écologistes et Jacques Chirac n’avait pas encore inventé le principe de précaution que l’on a dévoyé dès sa naissance pour en faire un principe d’inaction. Aurait-on eu les chemins de fer à vapeur à la fin du XIXème siècle avec leurs escarbilles qui « brûlent tout sur leur passage », les mines de houille avec les chevaux condamnés à vivre dans le noir en fond de mines et ces affreux terrils instables en surface, les barrages qui noient des régions entières, le nucléaire avec ses déchets radioactifs et plus récemment… les TGV et l’aéroport de Roissy ? Nous en serions restés au temps des diligences si les gouvernements d’alors s’étaient conduits comme ceux d’aujourd’hui. Le progrès ne nait pas de la génération spontanée, il faut créer les conditions de son apparition et l’encourager au lieu de l’entraver.

Entre-temps, devenu Premier Ministre en 1945, Paul Ramadier bouta les ministres communistes hors de son gouvernement car ils s’opposaient systématiquement à la ligne politique qu’il s’était fixée. L’histoire se répète, dit-on. A bon entendeur…

La fracture idéologique autour de la fracturation hydraulique

Le Président François Hollande continue à répéter mécaniquement le leitmotiv de ses alliés écologistes pour qui cette technique est le diable incarné: la fracturation hydraulique est une atteinte considérable à l’environnement. Et pourtant, les Français ont le droit inaliénable de savoir ce que contient leur sous-sol, c’est le fondement même du Code Napoléon!

Ironie intéressante, dans le même temps, un journal local du bassin parisien, le Pays Briard, a mené l’enquête auprès de l’Amicale des Foreurs et des Métiers du Pétrole (organisme indépendant, apolitique et asyndical) et du BEPH, le Bureau Exploration-Production des Hydrocarbures qui dépend du Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie. Le BEPH est une instance publique que l’on peut difficilement prendre pour un lobby industriel, ces fameux lobbies qui empêchent Corinne Lepage de dormir.

Qu’y apprend-on ? Dans les années 1980 ainsi que dans les années 2000, la fissuration hydraulique était pratiquée couramment, dans la Brie, à Chaunoy, en Alsace, dans les Cévennes, en Ariège, dans les Pyrénées Orientales et en Camargue, sans que l’on ait constaté de fuites, de pollution de l’eau ni de l’air, ou de dégâts environnementaux: les paysages de ces superbes contrées n’ont pas été défigurés et la fréquentation touristique a partout augmentée. Qui soupçonnerait en effet que quelques 6000 puits ont déjà été forés en France dont 2500 environ dans le Bassin de Paris ? Où sont les stigmates tant annoncés ? Où sont les joyaux de notre patrimoine défigurés ? Où sont les cheptels décimés ? Où sont les glissements de terrain ?

Je vous propose de lire l’intégralité de ma tribune sur le Huffington Post qui a bien voulu la publier.

Le Phare d’Alexandrie

Bâti à la pointe de l’île de Pharos, à l’emplacement de l’actuel fort Qaitbay, le phare d’Alexandrie est considéré comme la dernière des sept merveilles du monde. Construit au 4ème siècle avant notre ère à l’initiative de Ptolémée 1er  et terminé 15 ans plus tard sous le règne de son fils, Ptolémée II, il avait pour but de servir de guide aux marins qui longeaient la côte égyptienne et il remplit ce rôle à merveille pendant quelques 17 siècles.

Les tremblements de terre qui ont ébranlé cette région entre le IVe siècle avant Jésus Christ et le XIVe siècle après sa mort l’ont considérablement endommagé et présidèrent à son effondrement en 1303. Ce n’est qu’en 1960 qu’un plongeur archéologue retrouva sa trace au fond de l’eau tandis que l’UNESCO ne  publia le premier article scientifique sur ce site antique qu’en 1975.

Sur les 22 recommandations que comporte le rapport Gallois, quelques unes sont des mesures phares. Il est consultable dans son intégralité sur le site du Gouvernement. Pour ce qui nous concerne, la 5ème recommandation suggère de «  poursuivre la recherche sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste ». Cette mesure qu’il est insensée d’ignorer provoqua un véritable séisme dans les rangs de la majorité et, bien que Monsieur Jean-Marc Ayrault ait clamé haut et fort que toutes les recommandations du rapport Gallois seraient appliquées, celle-ci fut repoussée par notre président en parfaite méconnaissance de cause mais avec l’approbation des élus EELV : elle risque donc de connaitre le sort du phare d’Alexandrie sans même avoir brillé ne serait-ce que quelques minutes.

Et pourtant, la proposition de Monsieur Gallois n’était qu’une « mesurette », consistant en quelle que sorte à réinventer la roue puisque qu’à ce jour près de 2 millions de fracturations hydrauliques ont été effectuées de par le monde, dont 5 à 600 000 l’ont été aux Etats-Unis au cours des 10 dernières années et seules 80 environ en France pendant le même laps de temps.

Quant à la 20ème recommandation du rapport Gallois, elle préconisait de « donner au CGI la mission de porter 3 priorités techniques dont la transition énergétique… » mais, au fait, qu’est-ce que la transition énergétique ? S’il s’agit de l’évolution du bouquet énergétique au cours des décennies prochaines, nous tenons à rassurer nos lecteurs, n’en déplaise à Monsieur Hollande et à son aréopage d’écologistes ministrés et ministrables, pétrole et gaz ont un rôle croissant à tenir pour soutenir notre industrie pétrochimique, l’un des plus beaux fleurons de notre économie. A moins que, sous l’emprise des Delphine B…o, José B..é, Nicolas H…t Corinne L…… et autres « spécialistes » des problèmes énergétiques il ne consente à la sacrifier, elle aussi.

Après les déclarations que viennent de  faire Messieurs Rocard et Fillon nous sommes toutefois rassurés car, en France ; nous avons un dicton selon lequel « seuls les imbéciles ne changent pas d’opinion ». Et nous ne pensons pas nous tromper en disant que François Hollande n’est pas un imbécile.

Les 12 mythes qui entourent l’exploitation des gaz de schiste

Mon ami Nick Grealy (guru@nohotair.co.uk et http://www.nohotair.co.uk) a répertorié les 12 mythes les plus fréquents que les détracteurs des gaz et huiles dits de schiste répètent à l’envi. Je me fais un plaisir de vous les présenter ci-après. Je me suis permis d’y ajouter quelques remarques personnelles et je me dois d’avouer que pour certains d’entre eux je ne partage pas tout à fait son opinion.

 

Mythe n°1 : l’eau de mon robinet s’enflamme 

  • Quiconque a vu le documentaire de Josh FOX et, pire encore, ceux qui ne l’ont pas vu mais en ont entendu parler, ont été les témoins directs ou indirects de l’instant où Mike Markham allume l’eau de son robinet à l’aide d’un briquet.
  • La présence de méthane dans l’eau est inhabituelle, certes, mais à dire vrai c’est un phénomène connu et parfaitement documenté. La fontaine d’huile de Resclauze (la foun de l’oli) dans l’Hérault est connue depuis plus de 5 000 ans parait-il puisqu’il en serait fait mention dans l’Ancien Testament. Toujours dans l’Hérault, au voisinage de Gabian, des bulles de gaz ont été observées pour la première fois dans la rivière Thongue en 1605. En Pennsylvanie, une enquête récente vient d’établir que l’existence de ce phénomène est connue depuis 200 ans au moins. Au Canada, du gaz a été noté dans la Bow River en Alberta dès 1973. Il en va de même au Tennessee où de l’eau en flamme a été observée en 1987 et, à Dimock en Pennsylvanie, on continue de nos jours à faire flamber l’eau de la rivière. Dans le Marais poitevin, après avoir embarqué à Coulon, le marinier s’immobilise à quelques encablures du rivage, remue le fond de l’étang avec sa perche et allume à la surface de l’eau le gaz qui s’échappe.

 

Mythe n°2 : le gaz de schiste va empoisonner l’eau potable

  • Remarquons tout d’abord que plus de 99% des Européens achètent leur eau potable à une société publique de distribution d’eau comme Veolia, la Lyonnaise des Eaux ou la SETDN, en France et que les puits privés qui sont au centre de la controverse aux États-Unis sont extrêmement rares en Europe. Les réseaux publiques de distribution d’eau sont étroitement surveillés et soumis à de fréquentes analyses.
  • Les sociétés de distribution d’eau s’approvisionnent dans les fleuves, les rivières et les lacs et puisent rarement leur eau dans des captages souterrains, lesquels sont également étroitement surveillés. Même les plus fervents détracteurs des gaz dits de schiste ne se sont encore jamais aventurés à dire que la fracturation hydraulique ait contaminé un réseau publique de distribution d’eau. Il y a peut-être là une piste pour les José Bové, Noël Mamère et consorts tels cet éminent toxicologue André P…. qui hante les forums consacrés aux gaz dits de schistes pour y déverser sa prose et accuser ses opposants d’être les propagateurs de tous les cancers de la Terre.
  • La roche mère se situe à des profondeurs de l’ordre de 1 500 à 5 000 mètres (De fait on la rencontre à une profondeur moyenne de 2 000 à 3 000 mètres) tandis que les aquifères dont on tire l’eau pour abreuver les populations se trouvent entre 100 et 300 mètres et il est tout aussi impossible que le fluide de fracturation puisse remonter vers la surface qu’il est impossible pour un ruisseau naissant de s’écouler à contre pente.
  • Le Conseil américain de la protection des eaux du sous-sol (US Ground Water Protection Council), un groupe de régulateurs des réseaux publics de distribution d’eau de plusieurs Etats américains a déclaré, qu’à sa connaissance, il n’existait aucun cas de contamination d’un aquifère par un fluide de fracturation.

 

Mythe n°3 : l’essor du gaz de schiste empêche le développement d’une technologie alternative

  • Investir les économies résultant de l’exploitation du gaz de schiste dans la recherche et le développement de la prochaine génération d’énergies alternatives à basse teneur en carbone offre une opportunité de promouvoir ces énergies d’une manière continuelle.
  • Le gaz naturel peut aider au développement du solaire et de l’éolien en mettant à leur disposition un soutien fiable, modulé et à bas prix durant les heures de nuit et en l’absence de vent.

 

Mythe n°4 : les foreurs essaieront toujours d’économiser le l’argent en court-circuitant les règlementations qui protègent l’eau 

  • Les coûts additionnels qu’entraine la protection des aquifères ne sont qu’une infime fraction du coût total d’un forage (voisin de plus de £8millions).
  • La pollution des eaux potables entrainerait des amendes substantielles, des dommages civils ainsi qu’une perte de réputation, voire l’annulation du ou des permis et l’impact serait bien supérieur aux économies réalisées.
  • Le ciment de la meilleure qualité possible qui est utilisé pour cimenter les tubages a un autre but que de protéger les aquifères d’une contamination éventuelle. Ce but est d’empêcher le gaz qui se trouve dans le puits d’être contaminé par l’eau de l’aquifère. Mélanger gaz et eau dans un forage est bien plus dangereux et plus onéreux à remédier que sauver quelques milliers de dollars sur une cimentation de tubage.

 

Mythe n°5 : les fluides de fracturation hydraulique contiennent plus de 500 produits dangereux

  • Les fluide de fracturation contient généralement moins de dix produits chimiques. Dans l’exemple de Cuadrilla Resources en Angleterre, ils étaient au nombre de trois.
  • Les foreurs sont incités à utiliser le moins de fluide possible pour réduire les coûts et restreindre les risques environnementaux.
  • La plupart de ces produits chimiques se retrouvent sous votre évier et à des concentrations plus élevées dans les divers nettoyants domestiques. L’un d’eux est utilisé dans le rouge à lèvres et dans la solution utilisée pour nettoyer les verres de contact (acide scorbique). Un autre entre dans la fabrication des récipients en plastique (polypropilène). Mais le produit chimique le plus souvent utilisé à l’état pratiquement pur est l’acide chlorhydrique qui provoque l’acidité stomacale chez les êtres humains.
  • Le fluide de fracturation est composé à 99,85% d’eau et de sable. Il fait office de produit de soutènement pour permettre au gaz de « schiste » de s’écouler dans le puits et de remonter à la surface. Les produits chimiques sont nécessaires pour assurer la bonne marche de l’opération mais ils coûtent plus cher que l’eau et le sable, ce qui incite les foreurs à restreindre leur emploi.

 

Mythe n°6 : les produits chimiques utilisés lors de la fracturation hydrauliques sont secrets

  • En Europe, le contenu du fluide de fracturation est 100% visible du fait des règlements locaux existants et des directives issues par l’Agence Chimique
    Européenne (European Chemical Agency ou ECHA) dont la directive R.E.A.C.H.
  • Aux Etats Unis on tend vers une transparence totale par le biais de sites comme http://www.fracfocus.org.

 

Mythe n°7 : l’eau qui reflue des gueules de puits est contaminée et est rejetée dans les rivières, les ruisseaux et les circuits d’eau potable

  • A l’inverse des Etats Unis, en Europe, l’eau de refoulement est traitée et réutilisée dans un autre forage.
  • Les lois européennes interdisent de rejeter cette eau dans les rivières, les ruisseaux et n’importe où ailleurs à la surface du sol (lacs…etc).

 

Mythe n°8 : la fracturation hydraulique consomme beaucoup d’eau

  • La fracturation utilise beaucoup d’eau mais par rapport à quoi ? Les 18 000 m3 d’eau nécessaires pour forer un puits dont la durée de vie est de l’ordre de dix ans équivalent à la quantité d’eau utilisée pour irriguer un champ de blé de 3 Ha pendant une saison ou un terrain de golf de 18 trous pendant un mois.
  • Le volume total de l’eau utilisée par Cuadrilla Resources dans son puits du Lancashire (UK) est égal au volume des fuites d’eau journalières qui se produisent dans une ville comme Manchester.
  • L’Agence de l’Environnement du Royaume Uni (UK Environment Agency), l’Agence de Protection de l’Environnement de Pennsylvanie (the Pennsylvania Environment Protection Agency – EPA) et l’Agence de Protection de l’Environnement de l’Etat de New (New York State EPA) estiment que l’eau nécessaire à la fracturation d’un puits représente un extra dixième de 1% des ressources en eau dont elles disposent.

 

Mythe n°9 : le gaz de schiste européen est un palliatif à court terme qui n’apportera aucune sécurité énergétique

  • Nous espérons voir en 2012 les premiers résultats concrets des ressources que possède l’Europe. Mais nombre de rapports indépendants prédisent, en prenant des chiffres conservateurs, que le Royaume Uni n’aura pas à importer de LNG pour plusieurs décennies, grâce au gaz dit de schiste.
  • De la même manière, les prédictions concernant les ressources de la Pologne en gaz de « schiste » font état de quantités égales à plus de cent ans de consommation en se basant sur la consommation actuelle en gaz naturel et de plusieurs décennies seulement si l’on devait en outre remplacer la totalité du charbon utilisé actuellement par le gaz.
  • La Pologne, la France, l’Allemagne et l’Ukraine disposeront peut être de volumes de gaz suffisants pour les exporter en Europe et même au-delà.

 

Mythe n°10 : la recherche de gaz de schiste nécessite d’immobiliser de grands espaces

  • Les progrès réalisés en matière de forage et qui consistent à forer plusieurs trous à partir d’une même plateforme, combinés avec des forages horizontaux de plus en plus longs signifie que la technologie de la recherche de gaz de « schiste » qui sera utilisée en Europe verra des plateformes de forage d’une superficie de 2,5 Ha voire moins permettant de drainer 5 km² de la roche réservoir ou plus. Nous ne verrons certainement pas une forêt de derricks comme dans les vieux films. L’action se déroule sous terre et non pas en surface et beaucoup de gens ne se rendront compte de rien. La distance entre plateformes peut atteindre plusieurs kilomètres.
  • Compte tenu de la flexibilité que procure le forage horizontal, la plateforme de forage (= la semelle) pourra être placée en des endroits qui gêneront au minimum l’agriculture locale ou des résidences privées.
  • L’Europe est perçue comme un continent très peuplé mais la population est concentrée dans des zones urbaines. Il est surprenant de voir le nombre d’espaces vides en Europe et la recherche de gaz de « schiste », en Pologne, se déroule dans des endroits qui ont une densité de population inférieure à celle de bien des endroits semblables au Texas.
  • L’ère du gaz de schiste moderne a démarré à Fort Worth au Texas, la 17ème grande ville des Etats Unis. Des puits y ont été forés sur le campus de l’Université et même sur l’aéroport local de Dallas – Fort Worth. En ce moment, en Europe, il n’existe aucun projet de forer en zones urbaines mais l’expérience américaine montre qu’il est possible, pour les forages de gaz de « schiste », de coexister avec de proches voisins.
  • Quelques éléments complémentaires :
    1. Chaque puits peut ne prendre que trois semaines à forer. Les opérations européennes devraient prendre soixante jours ou moins, de l’instant où l’on commence à creuser jusqu’à la fermeture du puits.
    2. Lorsque la construction est terminée, l’impact des vannes de surface et celle d’éventuels réservoirs de séparation occupera l’emplacement d’un conteneur d’expédition maritime ou peut être moins. Les équipements peuvent aussi être enterrés et le paysage sera reconstitué dans de nombreux cas à son aspect primitif.
    3. Le gaz naturel est plus léger que l’air et il s’écoule vers la surface naturellement sans avoir besoin d’être pompé et pratiquement sans aucun bruit.

 

Mythe n°11 : le gaz de schiste provoque des tremblements de terre 

  • Le mythe n’est pas que le gaz de « schiste » cause des tremblements de terre mais qu’il cause des tremblements de terre perceptibles. Les deux tremblements de terre globalement prouvés causés par la recherche de gaz de « schiste » sont ceux qui ont été enregistrés dans le Lancashire, d’une valeur de 1,5 et 2,4 sur l’échelle de Richter. D’après le British Geological Survey les tremblements d’une valeur inférieure à 3 sont considérés comme imperceptibles et, dans les zones urbaines, les sismomètres ne sauraient différencier un tremblement de valeur inférieure à 2 du tremblement provoqué par le trafic automobile. Etant donné que l’ échelle de Richter est exponentielle, beaucoup de gens ne savent pas que la quantité d’énergie produite par un tremblement de valeur 2,4 et celle résultant d’un tremblement à l’origine de grands dégâts sont dans un rapport de plusieurs millions.

 

Mythe n°12 : le gaz de schiste est pire que le charbon pour l’environnement

  • L’étude de Robert HOWARTH de l’Université Cornell dont on parle beaucoup démontre que l’exploitation du gaz de « schiste » et le transport par pipeline de tous les gaz naturels laissent échapper de petits volumes de méthane assez significatifs. Les émissions de pur méthane sont plus nocives pour l’atmosphère que celles de méthane brûlé lesquelles dégagent 50% de moins de carbone que le charbon et 25% de moins que le pétrole. Cette étude a été contrée, au bas mot, par une demi-douzaine d’études qui n’y voient aucun mérite dont celle-ci qui émane de ses collègues à l’Université Cornell :
  • Les données indiquent clairement que le remplacement du charbon par le gaz naturel est bénéfique quant à l’effet de serre, quelle que soit le jeu d’hypothèses raisonnables que l’on mette en avant. Il faudrait que les émissions de méthane soient cinq fois plus importantes qu’elles ne le sont actuellement pour que la substitution du gaz au charbon ait une influence néfaste sur le réchauffement climatique quelle que soit l’échelle des temps que l’on prenne. L’avantage du gaz naturel est le même, qu’il provienne d’un puits à gaz de « schiste » ou d’un puits à gaz conventionnel.

Brisons les idées reçues sur les hydrocarbures de schiste

Nous pensions que lors de la conférence environnementale qui se tenait au Palais d’Iéna jusqu’à samedi et dans un contexte où la France recherche des moyens de croissance et des relais de compétitivité, une énergie domestique, abondante et à bas prix aurait retenu l’attention du gouvernement : à savoir les hydrocarbures dits de schiste. Que nenni ! Si l’on croit au Père Noël, la courbe du chômage s’inversera tout de même contre vents et marées dans les 360 jours à venir avec l’aide du Saint Esprit sans doute à défaut d’un esprit sain. Le Président Hollande, mettant ses pas dans ceux de Nicolas Sarkozy, a fait un copié-collé dont la France aura beaucoup de mal à se relever.

Après cette conférence, qu’il nous soit permis de briser plusieurs idées reçues sur ces hydrocarbures. Tandis que l’on s’interroge sur le bouquet énergétique français du futur, les hydrocarbures de schiste mobilisent l’attention mais font l’objet d’idées fausses et tendancieuses qui sont dommageables au débat. Il n’est que temps de rappeler les faits pour que chacun puisse comprendre les enjeux des choix à venir.

Je vous propose de lire la suite sur le Huffington Post qui a bien voulu publier ma tribune.

Que sont les hydrocarbures de schiste ?

A  l’approche de la conférence environnementale qui doit se tenir au Palais d’Iéna les 14 et 15 septembre prochains et dans un contexte où la France recherche des moyens de croissance et des relais de compétitivité, une énergie domestique, abondante et à bas prix, mériterait de retenir l’attention du gouvernement : les hydrocarbures dits de schiste.

Permettez nous de vous livrer ici une définition quelque peu savante pour que chacun comprenne bien ce que l’on entend quand on parle d’hydrocarbures de schiste.

D’aucuns considèrent le gaz et les huiles de schiste comme des hydrocarbures non conventionnels. Le vocable « hydrocarbures non conventionnels (HNC) » est un terme générique qui désigne à la fois le gaz de schiste dit de « roche mère », le gaz de réservoir compact (tight gas), le gaz de houille (coal bed methane ou CBM), le gaz de mine de charbon (coal mine methane ou CMM), qu’il s’agisse d’une mine en activité (virgin coal bed methane ou VCBM) ou d’une mine abandonnée (abandoned mine methane ou AMM) ou encore les hydrates de gaz que l’on appelle communément hydrates de méthane gazeux (methane gas hydrates ou MGH) ou encore clathrates.

De fait ces termes constituent un triple abus de langage. D’une part les gaz et huiles que l’on rencontre dans l’écorce terrestre proviennent tous d’une roche mère (source rock) et d’autre part il n’y a rien d’atypique au sujet du gaz lui-même qui est du méthane thermogénique (CH4) avec des traces d’homologues supérieurs tels que l’éthane (C2H6), le propane (C3H8), le butane (C4H10), le pentane (C5H12), l’hexane(C6H14), l’heptane (C7H16) et de petites quantités de dioxyde de carbone (CO2), de dioxyde de soufre (SO2), d’hydrogène sulfuré (H2S), d’hélium (He), d’azote (N2), de mercure (Hg) et d’argon (Ar) selon les cas. Enfin, le terme même de schiste est impropre car il s’agit de pélite, c’est-à-dire d’une « boue séchée » que les Anglo-saxons appellent shale ou mudstone.

Les uns disent que c’est le réservoir qui contient le gaz qui n’est pas conventionnel et d’autres que c’est la technologie utilisée pour le produire qui ne l’est pas. L’absence de consensus sur ce sujet entretient un flou que chacun exploite à son avantage.

Ce « schiste » qui combine les propriétés d’être à la fois « roche mère » et « roche réservoir » n’est donc qu’une argile indurée qui a débuté sa vie « géologique » comme vase marine ou lacustre. On commence le plus souvent par patauger dans la vase lorsque l’on va se baigner dans la mer ou dans l’eau des rivières et des lacs! Au fil des ans, cette vase a servi de réceptacle aux débris de la faune aquatique qui peuple les océans, les rivières et les lacs (poissons, mollusques, mammifères marins, plancton,… etc.) ainsi qu’aux débris des végétaux qui les bordent (mangroves, roseaux, pandanus, spores, bactéries… etc.), puis elle s’est enfouie à des profondeurs de plus en plus grandes, tandis que les débris organiques d’origine animale ou végétale qu’elle renferme, sous l’effet de pressions et de températures croissantes, se sont petit à petit transformés, en milieu anaérobique, en sapropel ou proto-pétrole, c’est-à-dire en une sorte de gelée visqueuse qui a donné naissance aux kérogènes de type I, II ou III à l’origine de tous les hydrocarbures.

Une fois durcie, cette argile retient par adsorption l’huile et le gaz qui se sont formés. Néanmoins, au cours des temps géologiques et pour diverses raisons, il lui arrive de laisser échapper des gouttelettes d’huile et des bulles de gaz qui viennent se piéger dans les premiers niveaux poreux sus-jacents formant ainsi des gisements de pétrole ou de gaz dits gisements conventionnels. En l’absence de « pièges » stratigraphiques (anticlinaux, biseaux, changements de faciès) ou tectoniques (failles, blocs faillés, plissements divers) qui permettent aux gisements de se créer, huiles et gaz migrent vers la surface et contribuent ainsi à former les « indices de surface ».

A titre indicatif, il doit exister de par le monde entre 100 000 et 200 000 gisements d’huile et de gaz, dont seuls 30 000 à 50 000 sont actuellement rentables. Mais on ne connait guère à ce jour qu’une dizaine de milliers d’indices de surface, dont trois mille environ ont été identifiés en mer.

Réflexion de géologue : et si l’on avait tout faux ?

Ce n’est qu’une hypothèse, bien sûr, mais si elle devait se confirmer, la face du monde s’en trouverait changée et la géopolitique de l’énergie le serait aussi.

Nous considérons ces gisements soi-disant conventionnels comme des avatars ou des dépôts secondaires témoignant de la présence, en profondeur, d’une roche mère, laquelle est le véritable gisement conventionnel. Dans bien des cas, après avoir trouvé un gisement d’huile ou de gaz, foreurs et géologues, trop heureux de l’avoir découvert, s’emploient à le mettre en production sans se soucier d’aller plus bas, à la recherche de cette roche mère dont le potentiel demeure ainsi quasiment intact ou presque. Ce pourrait être le cas du gisement de Lacq en particulier.

Si l’on considère que les océans couvrent 70,8% de la surface du globe, soit 361 132 000 km² et que les 148 940 000 km² restants contiennent de nombreux lacs et rivières, il va sans dire que ce « schiste », cette argile indurée, sont extrêmement abondants de par le monde. En l’absence d’études approfondies, il n’est pas possible de dire aujourd’hui qu’elle est la superficie des « sweet spots », ces zones privilégiées dans lesquelles le T.O.C (Carbone organique total) est égal ou supérieur à 3% du volume de la roche et qui constituent un environnement favorable à la présence de gisements d’hydrocarbures dits de schiste . A terre, dans les gisements connus tels ceux d’Eagle Ford, Barnett, Marcellus et Bakken aux Etats Unis, on constate que dans les « sweet spots », un mètre cube de roche peut contenir 20 mètres cubes de gaz aux conditions ambiantes de température et de pression, soit 20°C et 1 atmosphère.

Nous nous abstiendrons d’avancer le moindre chiffre de réserves mais nous dirons simplement qu’elles doivent être énormes et dépasser de loin les besoins de la population mondiale actuelle pour plusieurs centaines d’années à venir. Quant aux hydrates de méthane leurs réserves sont sans doute mille fois plus importantes encore, mais la technologie nous fait défaut pour le moment bien que des essais de mise en production viennent d’être effectués au large des côtes du Japon.

Ce panorama à la fois descriptif et prospectif devrait permettre désormais à chacun de savoir ce dont on parle quand on parle de gaz et d’huiles de schistes et quels sont les enjeux auxquels nous sommes confrontés.