Les 12 mythes qui entourent l’exploitation des gaz de schiste

Mon ami Nick Grealy (guru@nohotair.co.uk et http://www.nohotair.co.uk) a répertorié les 12 mythes les plus fréquents que les détracteurs des gaz et huiles dits de schiste répètent à l’envi. Je me fais un plaisir de vous les présenter ci-après. Je me suis permis d’y ajouter quelques remarques personnelles et je me dois d’avouer que pour certains d’entre eux je ne partage pas tout à fait son opinion.

 

Mythe n°1 : l’eau de mon robinet s’enflamme 

  • Quiconque a vu le documentaire de Josh FOX et, pire encore, ceux qui ne l’ont pas vu mais en ont entendu parler, ont été les témoins directs ou indirects de l’instant où Mike Markham allume l’eau de son robinet à l’aide d’un briquet.
  • La présence de méthane dans l’eau est inhabituelle, certes, mais à dire vrai c’est un phénomène connu et parfaitement documenté. La fontaine d’huile de Resclauze (la foun de l’oli) dans l’Hérault est connue depuis plus de 5 000 ans parait-il puisqu’il en serait fait mention dans l’Ancien Testament. Toujours dans l’Hérault, au voisinage de Gabian, des bulles de gaz ont été observées pour la première fois dans la rivière Thongue en 1605. En Pennsylvanie, une enquête récente vient d’établir que l’existence de ce phénomène est connue depuis 200 ans au moins. Au Canada, du gaz a été noté dans la Bow River en Alberta dès 1973. Il en va de même au Tennessee où de l’eau en flamme a été observée en 1987 et, à Dimock en Pennsylvanie, on continue de nos jours à faire flamber l’eau de la rivière. Dans le Marais poitevin, après avoir embarqué à Coulon, le marinier s’immobilise à quelques encablures du rivage, remue le fond de l’étang avec sa perche et allume à la surface de l’eau le gaz qui s’échappe.

 

Mythe n°2 : le gaz de schiste va empoisonner l’eau potable

  • Remarquons tout d’abord que plus de 99% des Européens achètent leur eau potable à une société publique de distribution d’eau comme Veolia, la Lyonnaise des Eaux ou la SETDN, en France et que les puits privés qui sont au centre de la controverse aux États-Unis sont extrêmement rares en Europe. Les réseaux publiques de distribution d’eau sont étroitement surveillés et soumis à de fréquentes analyses.
  • Les sociétés de distribution d’eau s’approvisionnent dans les fleuves, les rivières et les lacs et puisent rarement leur eau dans des captages souterrains, lesquels sont également étroitement surveillés. Même les plus fervents détracteurs des gaz dits de schiste ne se sont encore jamais aventurés à dire que la fracturation hydraulique ait contaminé un réseau publique de distribution d’eau. Il y a peut-être là une piste pour les José Bové, Noël Mamère et consorts tels cet éminent toxicologue André P…. qui hante les forums consacrés aux gaz dits de schistes pour y déverser sa prose et accuser ses opposants d’être les propagateurs de tous les cancers de la Terre.
  • La roche mère se situe à des profondeurs de l’ordre de 1 500 à 5 000 mètres (De fait on la rencontre à une profondeur moyenne de 2 000 à 3 000 mètres) tandis que les aquifères dont on tire l’eau pour abreuver les populations se trouvent entre 100 et 300 mètres et il est tout aussi impossible que le fluide de fracturation puisse remonter vers la surface qu’il est impossible pour un ruisseau naissant de s’écouler à contre pente.
  • Le Conseil américain de la protection des eaux du sous-sol (US Ground Water Protection Council), un groupe de régulateurs des réseaux publics de distribution d’eau de plusieurs Etats américains a déclaré, qu’à sa connaissance, il n’existait aucun cas de contamination d’un aquifère par un fluide de fracturation.

 

Mythe n°3 : l’essor du gaz de schiste empêche le développement d’une technologie alternative

  • Investir les économies résultant de l’exploitation du gaz de schiste dans la recherche et le développement de la prochaine génération d’énergies alternatives à basse teneur en carbone offre une opportunité de promouvoir ces énergies d’une manière continuelle.
  • Le gaz naturel peut aider au développement du solaire et de l’éolien en mettant à leur disposition un soutien fiable, modulé et à bas prix durant les heures de nuit et en l’absence de vent.

 

Mythe n°4 : les foreurs essaieront toujours d’économiser le l’argent en court-circuitant les règlementations qui protègent l’eau 

  • Les coûts additionnels qu’entraine la protection des aquifères ne sont qu’une infime fraction du coût total d’un forage (voisin de plus de £8millions).
  • La pollution des eaux potables entrainerait des amendes substantielles, des dommages civils ainsi qu’une perte de réputation, voire l’annulation du ou des permis et l’impact serait bien supérieur aux économies réalisées.
  • Le ciment de la meilleure qualité possible qui est utilisé pour cimenter les tubages a un autre but que de protéger les aquifères d’une contamination éventuelle. Ce but est d’empêcher le gaz qui se trouve dans le puits d’être contaminé par l’eau de l’aquifère. Mélanger gaz et eau dans un forage est bien plus dangereux et plus onéreux à remédier que sauver quelques milliers de dollars sur une cimentation de tubage.

 

Mythe n°5 : les fluides de fracturation hydraulique contiennent plus de 500 produits dangereux

  • Les fluide de fracturation contient généralement moins de dix produits chimiques. Dans l’exemple de Cuadrilla Resources en Angleterre, ils étaient au nombre de trois.
  • Les foreurs sont incités à utiliser le moins de fluide possible pour réduire les coûts et restreindre les risques environnementaux.
  • La plupart de ces produits chimiques se retrouvent sous votre évier et à des concentrations plus élevées dans les divers nettoyants domestiques. L’un d’eux est utilisé dans le rouge à lèvres et dans la solution utilisée pour nettoyer les verres de contact (acide scorbique). Un autre entre dans la fabrication des récipients en plastique (polypropilène). Mais le produit chimique le plus souvent utilisé à l’état pratiquement pur est l’acide chlorhydrique qui provoque l’acidité stomacale chez les êtres humains.
  • Le fluide de fracturation est composé à 99,85% d’eau et de sable. Il fait office de produit de soutènement pour permettre au gaz de « schiste » de s’écouler dans le puits et de remonter à la surface. Les produits chimiques sont nécessaires pour assurer la bonne marche de l’opération mais ils coûtent plus cher que l’eau et le sable, ce qui incite les foreurs à restreindre leur emploi.

 

Mythe n°6 : les produits chimiques utilisés lors de la fracturation hydrauliques sont secrets

  • En Europe, le contenu du fluide de fracturation est 100% visible du fait des règlements locaux existants et des directives issues par l’Agence Chimique
    Européenne (European Chemical Agency ou ECHA) dont la directive R.E.A.C.H.
  • Aux Etats Unis on tend vers une transparence totale par le biais de sites comme http://www.fracfocus.org.

 

Mythe n°7 : l’eau qui reflue des gueules de puits est contaminée et est rejetée dans les rivières, les ruisseaux et les circuits d’eau potable

  • A l’inverse des Etats Unis, en Europe, l’eau de refoulement est traitée et réutilisée dans un autre forage.
  • Les lois européennes interdisent de rejeter cette eau dans les rivières, les ruisseaux et n’importe où ailleurs à la surface du sol (lacs…etc).

 

Mythe n°8 : la fracturation hydraulique consomme beaucoup d’eau

  • La fracturation utilise beaucoup d’eau mais par rapport à quoi ? Les 18 000 m3 d’eau nécessaires pour forer un puits dont la durée de vie est de l’ordre de dix ans équivalent à la quantité d’eau utilisée pour irriguer un champ de blé de 3 Ha pendant une saison ou un terrain de golf de 18 trous pendant un mois.
  • Le volume total de l’eau utilisée par Cuadrilla Resources dans son puits du Lancashire (UK) est égal au volume des fuites d’eau journalières qui se produisent dans une ville comme Manchester.
  • L’Agence de l’Environnement du Royaume Uni (UK Environment Agency), l’Agence de Protection de l’Environnement de Pennsylvanie (the Pennsylvania Environment Protection Agency – EPA) et l’Agence de Protection de l’Environnement de l’Etat de New (New York State EPA) estiment que l’eau nécessaire à la fracturation d’un puits représente un extra dixième de 1% des ressources en eau dont elles disposent.

 

Mythe n°9 : le gaz de schiste européen est un palliatif à court terme qui n’apportera aucune sécurité énergétique

  • Nous espérons voir en 2012 les premiers résultats concrets des ressources que possède l’Europe. Mais nombre de rapports indépendants prédisent, en prenant des chiffres conservateurs, que le Royaume Uni n’aura pas à importer de LNG pour plusieurs décennies, grâce au gaz dit de schiste.
  • De la même manière, les prédictions concernant les ressources de la Pologne en gaz de « schiste » font état de quantités égales à plus de cent ans de consommation en se basant sur la consommation actuelle en gaz naturel et de plusieurs décennies seulement si l’on devait en outre remplacer la totalité du charbon utilisé actuellement par le gaz.
  • La Pologne, la France, l’Allemagne et l’Ukraine disposeront peut être de volumes de gaz suffisants pour les exporter en Europe et même au-delà.

 

Mythe n°10 : la recherche de gaz de schiste nécessite d’immobiliser de grands espaces

  • Les progrès réalisés en matière de forage et qui consistent à forer plusieurs trous à partir d’une même plateforme, combinés avec des forages horizontaux de plus en plus longs signifie que la technologie de la recherche de gaz de « schiste » qui sera utilisée en Europe verra des plateformes de forage d’une superficie de 2,5 Ha voire moins permettant de drainer 5 km² de la roche réservoir ou plus. Nous ne verrons certainement pas une forêt de derricks comme dans les vieux films. L’action se déroule sous terre et non pas en surface et beaucoup de gens ne se rendront compte de rien. La distance entre plateformes peut atteindre plusieurs kilomètres.
  • Compte tenu de la flexibilité que procure le forage horizontal, la plateforme de forage (= la semelle) pourra être placée en des endroits qui gêneront au minimum l’agriculture locale ou des résidences privées.
  • L’Europe est perçue comme un continent très peuplé mais la population est concentrée dans des zones urbaines. Il est surprenant de voir le nombre d’espaces vides en Europe et la recherche de gaz de « schiste », en Pologne, se déroule dans des endroits qui ont une densité de population inférieure à celle de bien des endroits semblables au Texas.
  • L’ère du gaz de schiste moderne a démarré à Fort Worth au Texas, la 17ème grande ville des Etats Unis. Des puits y ont été forés sur le campus de l’Université et même sur l’aéroport local de Dallas – Fort Worth. En ce moment, en Europe, il n’existe aucun projet de forer en zones urbaines mais l’expérience américaine montre qu’il est possible, pour les forages de gaz de « schiste », de coexister avec de proches voisins.
  • Quelques éléments complémentaires :
    1. Chaque puits peut ne prendre que trois semaines à forer. Les opérations européennes devraient prendre soixante jours ou moins, de l’instant où l’on commence à creuser jusqu’à la fermeture du puits.
    2. Lorsque la construction est terminée, l’impact des vannes de surface et celle d’éventuels réservoirs de séparation occupera l’emplacement d’un conteneur d’expédition maritime ou peut être moins. Les équipements peuvent aussi être enterrés et le paysage sera reconstitué dans de nombreux cas à son aspect primitif.
    3. Le gaz naturel est plus léger que l’air et il s’écoule vers la surface naturellement sans avoir besoin d’être pompé et pratiquement sans aucun bruit.

 

Mythe n°11 : le gaz de schiste provoque des tremblements de terre 

  • Le mythe n’est pas que le gaz de « schiste » cause des tremblements de terre mais qu’il cause des tremblements de terre perceptibles. Les deux tremblements de terre globalement prouvés causés par la recherche de gaz de « schiste » sont ceux qui ont été enregistrés dans le Lancashire, d’une valeur de 1,5 et 2,4 sur l’échelle de Richter. D’après le British Geological Survey les tremblements d’une valeur inférieure à 3 sont considérés comme imperceptibles et, dans les zones urbaines, les sismomètres ne sauraient différencier un tremblement de valeur inférieure à 2 du tremblement provoqué par le trafic automobile. Etant donné que l’ échelle de Richter est exponentielle, beaucoup de gens ne savent pas que la quantité d’énergie produite par un tremblement de valeur 2,4 et celle résultant d’un tremblement à l’origine de grands dégâts sont dans un rapport de plusieurs millions.

 

Mythe n°12 : le gaz de schiste est pire que le charbon pour l’environnement

  • L’étude de Robert HOWARTH de l’Université Cornell dont on parle beaucoup démontre que l’exploitation du gaz de « schiste » et le transport par pipeline de tous les gaz naturels laissent échapper de petits volumes de méthane assez significatifs. Les émissions de pur méthane sont plus nocives pour l’atmosphère que celles de méthane brûlé lesquelles dégagent 50% de moins de carbone que le charbon et 25% de moins que le pétrole. Cette étude a été contrée, au bas mot, par une demi-douzaine d’études qui n’y voient aucun mérite dont celle-ci qui émane de ses collègues à l’Université Cornell :
  • Les données indiquent clairement que le remplacement du charbon par le gaz naturel est bénéfique quant à l’effet de serre, quelle que soit le jeu d’hypothèses raisonnables que l’on mette en avant. Il faudrait que les émissions de méthane soient cinq fois plus importantes qu’elles ne le sont actuellement pour que la substitution du gaz au charbon ait une influence néfaste sur le réchauffement climatique quelle que soit l’échelle des temps que l’on prenne. L’avantage du gaz naturel est le même, qu’il provienne d’un puits à gaz de « schiste » ou d’un puits à gaz conventionnel.
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Qui a dit que la France n’avait pas de pétrole mais seulement des idées ?

La découverte en eaux profondes d’un gisement prometteur au large de la Guyane est un signe d’espoir pour la France, en pleine réflexion sur ses approvisionnements énergétiques. Le puits Zaedyus, situé à quelques 150 km de la côte, confirme ce que nous disons depuis 1990, à savoir que l’offshore guyannais renferme des réserves comparables à celles situées au large de la côte Ouest africaine, dans les eaux du Ghana.

En effet, le champ Jubilee et les autres champs découverts dans l’offshore ghanéen laissaient suggérer que, de l’autre côté de l’Atlantique, là où l’Amérique du Sud et l’Afrique de l’ouest ne formaient qu’un seul continent avant qu’elles ne dérivent, se trouvaient un cadre géologique similaire et donc des gisements potentiels, eux aussi enfouis profondément. La performance réalisée par Shell, Tullow Oil et Total en eaux profondes (environ 2 000 mètres sous le niveau de la mer, puis 4 000 mètres dans la roche, excusez du peu !) semble montrer en pratique que cette théorie voyait juste.

Cette excellente nouvelle, saluée collectivement par les trois ministres Nathalie Kosciusko-Morizet (Environnement), Eric Besson (Industrie et Energie) et Marie-Luce Penchard (Outre-Mer), montre que tout le monde pourra y gagner, en particulier nos compatriotes guyanais. C’est aussi une bonne nouvelle pour un savoir-faire, l’exploration pétrolière, où la France disposait de compétences reconnues mondialement. Après une période où ces talents périclitaient, nous renouons enfin avec de belles ambitions.

Que l’on garde un moment la tête froide tout de même : l’exploitation n’est pas pour demain. Il convient dans un premier temps de faire des forages complémentaires pour confirmer l’étendue de la découverte et je pense qu’il y aura d’autres découvertes, tout aussi importantes sinon plus importantes encore. Donc, si les réserves le justifient et si la qualité se confirme, l’exploitation ne pourra voir le jour avant quelques années. Je trouve toutefois étrange d’entendre déjà les écologistes parler de marée noire, avant que la première goutte ne soit sortie…

Quand elle débutera, l’exploitation de ce champ guyanais devrait à terme apporter un véritable ballon d’oxygène à la France en réduisant un peu nos importations d’hydrocarbures. A l’heure où le déficit commercial se creuse et la facture pétrolière s’alourdit, ce n’est pas un élément à prendre à la légère !

Le paradoxe, c’est que dans le même temps, le législateur a mis des freins considérables à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures de gisements non conventionnels, appelés à tort huiles et gaz de schiste, qui se trouvent dans le sous-sol métropolitain. Des réserves très importantes se situent en effet dans les bassins sédimentaires français : Sud-Est de la France, Bassin parisien, Bassin d’Aquitaine, Fossé Rhénan, sans parler de l’offshore métropolitain et de la Zone Economique Exclusive (ZEE), la deuxième au monde avec ses 11 035 000 km², qui recèle vraisemblablement des quantités incalculables de ressources non conventionnelles susceptibles, lorsque l’économie des projets le permettra, d’assurer l’indépendance énergétique de l’ensemble des territoires environnants pour plusieurs centaines, voire milliers, d’années. Mais la loi Jacob passée cet été interdit toute pratique de la fracturation hydraulique et précipite la péremption des permis de recherche.

Avant-hier encore, les sénateurs socialistes se sont exprimés contre toute tentative d’exploration. Mais au nom de quel principe ? Le principe de précaution, que les opposants aux hydrocarbures brandissent à l’envi, prévoit bel et bien des expérimentations scientifiques rigoureuses. Or ces idéologues n’en veulent même pas alors que la fonction créant l’organe, c’est en autorisant des essais techniques, contrôlés et strictement encadrés bien entendu, que l’on pourra évaluer et améliorer les méthodes d’extraction.

Entre l’enthousiasme pour la Guyane et la paralysie métropolitaine, y aurait-il deux poids, deux mesures ?