Un quadriptyque atypique : leçons de duplicité

Certains de mes lecteurs qui ne m’aiment pas souhaitent me voir disparaître rapidement. Je suis flatté de l’attention qu’ils me portent et, compte tenu de mon âge avancé, cela ne saurait trop tarder, mais je ne suis pas particulièrement pressé. Je n’en adresse pas moins mes meilleurs vœux de santé à tous mes lecteurs.

Y-aurait-il deux poids, deux mesures dans la politique française des hydrocarbures, si tant est que nous ayons une telle politique ? Je pense notamment à ce qui concerne la fracturation hydraulique, que je préfère appeler fissuration ou stimulation car « fracturation » me fait penser à Jo-les-gros-bras dont la spécialité est d’ouvrir les coffre-fort de ceux qui en ont perdu la combinaison, ou la clé, ou les deux à la fois. Certes, un journaliste du Monde ironise sur la question de sémantique, mais dans un débat aussi chargé d’émotion et d’irrationnel que celui des hydrocarbures de schiste, cela ne prête même pas à sourire bien que j’eusse préféré l’entendre parler du « ramassage » de la roche-mère si je puis m’exprimer ainsi.

Bref, malgré l’alternance qui s’est produite en mai dernier, la France continue de déployer dans son discours et dans ses actes une duplicité qui se fait chaque jour plus flagrante et je me demande comment il est possible qu’elle ne ternisse pas durablement la position française qui est proprement schizophrénique comme je le répète inlassablement. Voici un cas d’école en quatre actes que je vous propose d’étudier. Je n’en avais que trois au moment de sa rédaction, mais faute de l’avoir publié en son temps, ce triptyque est devenu un quadriptyque comme dirait Ségolène Royal.

  • ACTE 1

En septembre 2011, trois ministres du précédent gouvernement se félicitaient de la découverte en eaux profondes d’un gisement d’hydrocarbures au large de la Guyane (baptisé Zaedyus), une découverte qui confirmait la théorie des champs jumeaux bien connue des géologues. Il s’agissait de Nathalie Kosciusko-Morizet (Environnement), Eric Besson (Industrie et Energie) et Marie-Luce Penchard (Outre-Mer). Hourra ! L’heure était à l’enthousiasme et à l’espoir de redonner vie à un département en manque d’emplois et de ressources… alors même que les richesses du sous-sol métropolitain étaient mises sous cloche par l’interdiction de pratiquer la fracturation hydraulique pour exploiter les hydrocarbures de schiste qui s’y trouvent. Ne cherchez pas la logique car il n’y en pas. Je m’en étais moi-même offusqué à l’époque.

  • ACTE 2

L’éphémère Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable, Nicole Bricq, farouche opposante aux hydrocarbures de toute sorte et ennemie déclarée de la fracturation hydraulique sous quelque forme que ce soit, dans un arrêté fait de bric et de broc, décide unilatéralement de mettre un terme à la campagne de forage du consortium Shell / Tullow / Total. Fort heureusement, elle est relevée de ses fonctions en trois coups d’écuyer à Pau et se trouve, overnight comme disent les Anglo-saxons, propulsée au poste de Ministre du Commerce Extérieur. Une sorte de promotion punition.

Dans son nouveau poste, lors d’un marathon en Algérie pour promouvoir le savoir-faire industriel tricolore, voilà qu’elle devient le héraut de la fracturation hydraulique à la française. Pincez-moi, je rêve ! Et pourtant, si l’on en croit le journal Libération, elle se serait fait l’introductrice auprès de la grande compagnie pétrolière et gazière nationale algérienne, Sonatrach, de la société Saltel Industries, du Rheu près de Rennes, inventeur d’un packer (*) métallique gonflable permettant une meilleure étanchéité des perforations réalisées dans les puits lors d’opérations de fracturation hydraulique.

Que faut- il en déduire ? Est-ce un mauvais tour que nous jouons aux Algériens ? Nicole Bricq a-t-elle mis un mouchoir sur ses convictions, les a-t-elle reniées fissa, ou bien celles-ci n’étaient-elles qu’ évanescentes ?

  • ACTE 3

Le Point s’est fait l’écho de confidences du Ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, avant que ne débute la visite officielle et très attendue du Président François Hollande à Alger pour y faire SA repentance comme d’autres font pénitence à Canossa. Dans ses propos, nous relevons une information capitale : la France et l’Algérie vont prochainement signer un accord permettant des recherches françaises sur le territoire algérien… dans le domaine de l’exploitation des gaz de schiste. Tiens donc !

L ’Algérie est un pays riche en hydrocarbures, c’est même le quatrième exportateur mondial de gaz. Partenaire commercial de la France, l’Algérie représente 15% de nos importations de gaz naturel et un peu plus d’1% de nos importations de pétrole. Mais le pays mise excessivement sur les hydrocarbures pour son développement (le gaz représente 90% de ses recettes extérieures), sa consommation explose sous la pression démographique et ses réserves s’épuisent lentement. Or l’Algérie possèderait près de 17 000 milliards de mètres cubes de ce gaz honni en France, soit quatre fois plus que ses réserves de gaz conventionnel. On comprend que le pays cherche à exploiter cette ressource, toutefois il faut commencer par l’évaluer avec une précision relative et j’imagine la légitime fierté que la France ne manquera pas de tirer de la confiance qui lui est accordée.

Mais alors, si ce partenariat est une si bonne nouvelle, qu’attendons nous pour mener des essais sur le territoire national, profitant de l’occasion pour acquérir un avantage technologique que nous pourrions utilement exporter ? Nous attendons peut-être que les Algériens maitrisent la technologie pour venir faire des recherches sur notre territoire, partant du principe de réciprocité ? Pour paraphraser un amoureux de la logique, le regretté Blaise Pascal, nous dirons en inversant la phrase comme dans certains mots croisés : vérité au-delà de la Méditerranée, erreur en deçà.

  • ACTE 4

Nous arrivons maintenant au dénouement, tout aussi absurde que les précédents actes. La Ministre de l’Ecologie, du développement durable (sic) et de l’énergie, Delphine Batho, s’est empressée de démentir la confidence prometteuse de Laurent Fabius à propos des projets de collaboration entre la France et l’Algérie. S’agit-il d’un simple dérapage ? Que nenni, comme le conclut le Point, Laurent Fabius n’est pas le perdreau de l’année et on aurait du mal à croire à une imprudence de sa part. Tout penche en faveur d’un rétropédalage en règle, pour des raisons que tout le monde ignore une fois encore. Mais que seule Madame Batho connait.

 

Entre ceux qui changent d’avis et ceux qui se contredisent, difficile de trouver une quelconque logique dans la position de la France. Espérons que le débat national sur la transition énergétique permettra de mieux la définir.

 

(*) Un packer classique est un bouchon gonflable en caoutchouc synthétique que l’on descend dans un trou de forage pour faire une ou plusieurs obturation(s) provisoire(s).

Face au culot de certains, retrouvons l’audace !

Criminelle, comme l’a dit François Fillon ? Peut-être pas, certes, mais inconcevable, absurde, inique, allant à l’encontre des intérêts de la France et des Français, à l’exception des écologistes pour qui le Traité de Rome qui leur sert de bréviaire est encore trop osé… telle est la position du chef de la France à l’égard des gaz et huiles dits de schiste. Nous exagérons ? Allons bon, disons qu’elle est schizophrénique ! On voudrait les effets sans la cause. François Hollande n’ignore pas l’existence de ce relais de croissance que nous avons sous les pieds et dont la mise en production conforterait notre balance commerciale et contribuerait à faire infléchir la courbe du chômage mais, dans le même temps, il en bannit la recherche et l’exploitation sous des prétextes fallacieux qui font plaisir à l’aile minoritaire de sa majorité. Et pourtant, les Français ont le droit inaliénable de savoir ce que recèle le sous-sol de leur pays : c’est l’un des fondements mêmes du Code Napoléon.

A l’heure où l’on débat de la transition énergétique (alors qu’il s’agit simplement de l’évolution du bouquet énergétique, car la transition nous la vivons quotidiennement depuis que nous sommes passés du bois au charbon, puis à l’hydraulique, au pétrole et au nucléaire), seule la mise en exploitation de nos ressources en gaz et huiles dits de schiste nous permettra dans les années qui viennent de réduire la part du nucléaire dans nos sources d’approvisionnement. Les hydrocarbures sont les seules ressources fiables (par rapport à l’intermittence des renouvelables), stockables et rentables.

Inconstitutionnelle ? Cette position l’est vraisemblablement ! La loi 2011-835 dite Loi Jacob votée le 13 juillet 2011 et publiée en catimini le jour de notre fête nationale prévoit la création d’une Commission de suivi dont le premier membre, Michel Teston, Sénateur socialiste de l’Ardèche vient d’être nommé par Jean-Pierre Bel, Président du Sénat. Il n’entre pas dans les prérogatives du Chef de l’Etat de retoquer cette loi et, plutôt que de la voir s’étrangler d’apoplexie à la pensée que ces hydrocarbures aient un jour droit de cité, nous suggérons à Madame Delphine Batho de changer de fonctions. Qu’importe si l’Energie se trouve privée de ses lumières (sic).

Après avoir prêché dans le vide pendant plus de deux ans pour défendre les gaz et les huiles dits de schiste, avoir été ignoré de la plus part des média et de l’ensemble de la classe politique, subi des sarcasmes et des dénigrements, nous constatons que de tous côtés des voix s’élèvent maintenant pour venir à leurs secours et nous confortent dans notre position première : évaluons-en le potentiel, modernisons le cadre d’exploitation, dépoussiérons le code minier et mieux, créons un code pétrolier et encadrons les travaux de normes acceptées et reconnues.
Ces voix, ce sont celles de personnalités politiques de tous bords, comme en témoignent les interventions de Michel Rocard et de François Fillon dans la presse, du MEDEF, de l’UFIP, de nombre de grands patrons, des journalistes toutes tendances confondues qui se faisaient hier encore l’écho sans scrupule des propos mensongers et infondés des José Bové, Nicolas Hulot, Eva Joly, Corinne Lepage, Noël Mamère ou encore Michèle Rivasi. Bref, tous ceux qui ont observé un mutisme assourdissant pendant la mandature de Nicolas Sarkozy et celle de François Hollande prennent enfin conscience de s’être trompés. Nous avons une pensée que l’on souhaiterait émue pour Christian Jacob et ses 269 collègues de l’UMP, géniteurs de la loi scélérate 2011-835 interdisant la fracturation hydraulique. Seigneur, pardonnez- leur leurs offenses mais la pêche aux voix électorales et le panurgisme les a sans doute aveuglés. Quant aux écologistes, « Notre Parent Numéro Un » qui êtes aux cieux, absolvez-les car ils ne savent pas ce dont ils parlent.

Nous ne savons pas s’il faut nous réjouir d’avoir enfin été entendus et d’avoir peut être contribué à ce changement d’opinion. Nous n’avons fait que dire notre vérité face aux contre-vérités que le documentaire Gasland a propagées à l’encan et dont le Président Hollande s’est fait le porte parole lors de la Conférence environnementale de la mi-octobre et de sa récente Conférence de Presse. Aujourd’hui, nous allons plus loin et réclamons de l’audace.

Car si vous changiez d’avis Monsieur le Président (seuls les imbéciles n’en changent pas) nous savons bien que ces vents favorables ne seront que le début de nouveaux combats passionnants :

  •  Combat contre certains membres de votre majorité, actuellement inféodés aux altermondialistes pour qui la régression est un signe de progrès. Ils ne veulent ni du nucléaire, ni des hydrocarbures fossiles et dissimulent mal sous le terme de « sobriété » un programme de décroissance et de pauvreté. Avec de pareils alliés, le Gouvernement n’a plus besoin d’adversaires, il a déjà sa cinquième colonne !
  • Combat contre les multiples collectifs qui se sont constitués à l’appel de José Bové et qui, sentant le vent tourner, brandissent déjà l’étendard de la révolte et l’on sait que la vox populi étant la vox dei il conviendra de se munir de rameaux d’olivier et de les agiter à bon escient. Car eux sont prêts à une mobilisation pas toujours très pacifique ni respectueuse des lois.

Toutefois il y a un combat que nous sommes prêts à mener avec vous, c’est celui de la croissance en devenir et de la lutte contre le chômage. La voie est on ne peut plus étroite compte tenu de la crise financière qui grippe l’économie mondiale. La croissance ne viendra pas d’elle-même : il convient de la provoquer, de retrouver l’inventivité de nos industries avec des idées neuves, venant de jeunes gens ayant l’âge de vos plus jeunes ministres. Ainsi, autoriser aujourd’hui la recherche des gaz et huiles dits de schiste serait un excellent moyen de mettre une soixantaine de sociétés pétrolières au travail avant même que l’encre ne sèche sur leurs contrats d’octroi de permis. Car si ces sociétés espèrent gagner de l’argent, il faut savoir qu’elles vont commencer par en dépenser beaucoup pour mener à bien les recherches parce que c’est ainsi que fonctionne le secteur pétrolier : dans la durée.

Tourner le dos à cette manne serait irrationnel alors qu’aujourd’hui même, nos amis anglais viennent de lever le moratoire sur l’exploitation par fracturation hydraulique des gaz dits de schiste : God save the british shale gas ! Le pragmatisme anglais anticipe sur la place que tiendra le gaz dans le bouquet énergétique du futur. Nous, nous ferons appel alors à davantage de gaz russe que Gazprom se réjouit à l’avance de nous fournir. Et ils ne sont pas les seuls à préférer une ressource naturelle : nos amis polonais disposent d’importantes ressources, comparables à celles de la France. Dans quelques années, nous demanderons aux plombiers polonais de nous envoyer du gaz dit de schiste qui, venant de chez eux, n’est pas polluant et n’a aucun effet de serre (sic) et, en prime, ils viendront l’installer dans nos usines et nos foyers faute de posséder nous-mêmes la technique pour le faire. Quel gâchis !

Autres temps autres mœurs, le Parti Socialiste n’a pas toujours été opposé à la recherche des hydrocarbures fossiles, bien loin s’en faut. Que l’on se rappelle Paul Ramadier, nommé sous secrétaire d’Etat aux Mines et aux Combustibles liquides du gouvernement de Front populaire en 1937 : il relança la recherche pétrolière en France. A son initiative fut créé le Centre de Recherches de Pétrole du Midi (CRPM) qui était alors chapeauté par l’Office National des Combustibles Liquides. Le CRPM fut à l’origine de la découverte du champ de gaz de Saint-Marcet, non loin de Saint-Gaudens, le 14 juillet 1939. Puis il participa à la création de la Régie Autonome des Pétroles (RAP) quelques mois plus tard et, en 1941, à celle de la Société Nationale des Pétroles d’Aquitaine (SNPA) dans laquelle l’Etat détenait une participation de 55%. Le 19 décembre 1951, la SNPA découvrit le champ de gaz de Lacq profond qui pendant 60 ans fut un des fleurons de l’industrie française et qui n’a peut être pas dit son dernier mot !

Voilà l’histoire d’une audace payante et réussie. En effet, l’incroyable gisement de 260 milliards de mètres cubes de gaz venait d’être découvert mais hélas, cette aubaine était enfouie profondément à plus de 3 000 mètres sous la surface. Pis, ce gaz était riche en CO² et en hydrogène sulfuré, produits extrêmement corrosifs qui mettaient à rude épreuve le matériel traditionnel. D’autres auraient jeté l’éponge, considérant que ce trésor était techniquement trop toxique et inexploitable. Mais le génie français n’a pas baissé les bras face à ce défi de taille ! On mit au point un acier spécial capable de résister aux gaz corrosifs, on inventa de nouvelles méthodes, on perfectionna les techniques, on automatisa et en 1955 on put produire du butane, du propane, du pétrole et du soufre. Près d’un tiers de la consommation nationale de gaz était produite sur le territoire national à partir des années 60, une indépendance énergétique dont on n’ose rêver aujourd’hui alors qu’ elle est peut-être possible. Une région autrefois agricole prenait son envol industriel, et des futurs champions de l’industrie naissaient : la Société nationale des pétroles d’Aquitaine (ancêtre d’Elf Aquitaine devenu Total depuis) les aciéries de Pompey et Vallourec.

Pourquoi n’autorise-t-on pas aujourd’hui un programme aussi ambitieux sur les hydrocarbures de schistes afin d’en récolter les fruits sur le long terme ? La réponse est simple : en 1955 il n’y avait pas d’écologistes et Jacques Chirac n’avait pas encore inventé le principe de précaution que l’on a dévoyé dès sa naissance pour en faire un principe d’inaction. Aurait-on eu les chemins de fer à vapeur à la fin du XIXème siècle avec leurs escarbilles qui « brûlent tout sur leur passage », les mines de houille avec les chevaux condamnés à vivre dans le noir en fond de mines et ces affreux terrils instables en surface, les barrages qui noient des régions entières, le nucléaire avec ses déchets radioactifs et plus récemment… les TGV et l’aéroport de Roissy ? Nous en serions restés au temps des diligences si les gouvernements d’alors s’étaient conduits comme ceux d’aujourd’hui. Le progrès ne nait pas de la génération spontanée, il faut créer les conditions de son apparition et l’encourager au lieu de l’entraver.

Entre-temps, devenu Premier Ministre en 1945, Paul Ramadier bouta les ministres communistes hors de son gouvernement car ils s’opposaient systématiquement à la ligne politique qu’il s’était fixée. L’histoire se répète, dit-on. A bon entendeur…

La fracture idéologique autour de la fracturation hydraulique

Le Président François Hollande continue à répéter mécaniquement le leitmotiv de ses alliés écologistes pour qui cette technique est le diable incarné: la fracturation hydraulique est une atteinte considérable à l’environnement. Et pourtant, les Français ont le droit inaliénable de savoir ce que contient leur sous-sol, c’est le fondement même du Code Napoléon!

Ironie intéressante, dans le même temps, un journal local du bassin parisien, le Pays Briard, a mené l’enquête auprès de l’Amicale des Foreurs et des Métiers du Pétrole (organisme indépendant, apolitique et asyndical) et du BEPH, le Bureau Exploration-Production des Hydrocarbures qui dépend du Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie. Le BEPH est une instance publique que l’on peut difficilement prendre pour un lobby industriel, ces fameux lobbies qui empêchent Corinne Lepage de dormir.

Qu’y apprend-on ? Dans les années 1980 ainsi que dans les années 2000, la fissuration hydraulique était pratiquée couramment, dans la Brie, à Chaunoy, en Alsace, dans les Cévennes, en Ariège, dans les Pyrénées Orientales et en Camargue, sans que l’on ait constaté de fuites, de pollution de l’eau ni de l’air, ou de dégâts environnementaux: les paysages de ces superbes contrées n’ont pas été défigurés et la fréquentation touristique a partout augmentée. Qui soupçonnerait en effet que quelques 6000 puits ont déjà été forés en France dont 2500 environ dans le Bassin de Paris ? Où sont les stigmates tant annoncés ? Où sont les joyaux de notre patrimoine défigurés ? Où sont les cheptels décimés ? Où sont les glissements de terrain ?

Je vous propose de lire l’intégralité de ma tribune sur le Huffington Post qui a bien voulu la publier.

Les 12 mythes qui entourent l’exploitation des gaz de schiste

Mon ami Nick Grealy (guru@nohotair.co.uk et http://www.nohotair.co.uk) a répertorié les 12 mythes les plus fréquents que les détracteurs des gaz et huiles dits de schiste répètent à l’envi. Je me fais un plaisir de vous les présenter ci-après. Je me suis permis d’y ajouter quelques remarques personnelles et je me dois d’avouer que pour certains d’entre eux je ne partage pas tout à fait son opinion.

 

Mythe n°1 : l’eau de mon robinet s’enflamme 

  • Quiconque a vu le documentaire de Josh FOX et, pire encore, ceux qui ne l’ont pas vu mais en ont entendu parler, ont été les témoins directs ou indirects de l’instant où Mike Markham allume l’eau de son robinet à l’aide d’un briquet.
  • La présence de méthane dans l’eau est inhabituelle, certes, mais à dire vrai c’est un phénomène connu et parfaitement documenté. La fontaine d’huile de Resclauze (la foun de l’oli) dans l’Hérault est connue depuis plus de 5 000 ans parait-il puisqu’il en serait fait mention dans l’Ancien Testament. Toujours dans l’Hérault, au voisinage de Gabian, des bulles de gaz ont été observées pour la première fois dans la rivière Thongue en 1605. En Pennsylvanie, une enquête récente vient d’établir que l’existence de ce phénomène est connue depuis 200 ans au moins. Au Canada, du gaz a été noté dans la Bow River en Alberta dès 1973. Il en va de même au Tennessee où de l’eau en flamme a été observée en 1987 et, à Dimock en Pennsylvanie, on continue de nos jours à faire flamber l’eau de la rivière. Dans le Marais poitevin, après avoir embarqué à Coulon, le marinier s’immobilise à quelques encablures du rivage, remue le fond de l’étang avec sa perche et allume à la surface de l’eau le gaz qui s’échappe.

 

Mythe n°2 : le gaz de schiste va empoisonner l’eau potable

  • Remarquons tout d’abord que plus de 99% des Européens achètent leur eau potable à une société publique de distribution d’eau comme Veolia, la Lyonnaise des Eaux ou la SETDN, en France et que les puits privés qui sont au centre de la controverse aux États-Unis sont extrêmement rares en Europe. Les réseaux publiques de distribution d’eau sont étroitement surveillés et soumis à de fréquentes analyses.
  • Les sociétés de distribution d’eau s’approvisionnent dans les fleuves, les rivières et les lacs et puisent rarement leur eau dans des captages souterrains, lesquels sont également étroitement surveillés. Même les plus fervents détracteurs des gaz dits de schiste ne se sont encore jamais aventurés à dire que la fracturation hydraulique ait contaminé un réseau publique de distribution d’eau. Il y a peut-être là une piste pour les José Bové, Noël Mamère et consorts tels cet éminent toxicologue André P…. qui hante les forums consacrés aux gaz dits de schistes pour y déverser sa prose et accuser ses opposants d’être les propagateurs de tous les cancers de la Terre.
  • La roche mère se situe à des profondeurs de l’ordre de 1 500 à 5 000 mètres (De fait on la rencontre à une profondeur moyenne de 2 000 à 3 000 mètres) tandis que les aquifères dont on tire l’eau pour abreuver les populations se trouvent entre 100 et 300 mètres et il est tout aussi impossible que le fluide de fracturation puisse remonter vers la surface qu’il est impossible pour un ruisseau naissant de s’écouler à contre pente.
  • Le Conseil américain de la protection des eaux du sous-sol (US Ground Water Protection Council), un groupe de régulateurs des réseaux publics de distribution d’eau de plusieurs Etats américains a déclaré, qu’à sa connaissance, il n’existait aucun cas de contamination d’un aquifère par un fluide de fracturation.

 

Mythe n°3 : l’essor du gaz de schiste empêche le développement d’une technologie alternative

  • Investir les économies résultant de l’exploitation du gaz de schiste dans la recherche et le développement de la prochaine génération d’énergies alternatives à basse teneur en carbone offre une opportunité de promouvoir ces énergies d’une manière continuelle.
  • Le gaz naturel peut aider au développement du solaire et de l’éolien en mettant à leur disposition un soutien fiable, modulé et à bas prix durant les heures de nuit et en l’absence de vent.

 

Mythe n°4 : les foreurs essaieront toujours d’économiser le l’argent en court-circuitant les règlementations qui protègent l’eau 

  • Les coûts additionnels qu’entraine la protection des aquifères ne sont qu’une infime fraction du coût total d’un forage (voisin de plus de £8millions).
  • La pollution des eaux potables entrainerait des amendes substantielles, des dommages civils ainsi qu’une perte de réputation, voire l’annulation du ou des permis et l’impact serait bien supérieur aux économies réalisées.
  • Le ciment de la meilleure qualité possible qui est utilisé pour cimenter les tubages a un autre but que de protéger les aquifères d’une contamination éventuelle. Ce but est d’empêcher le gaz qui se trouve dans le puits d’être contaminé par l’eau de l’aquifère. Mélanger gaz et eau dans un forage est bien plus dangereux et plus onéreux à remédier que sauver quelques milliers de dollars sur une cimentation de tubage.

 

Mythe n°5 : les fluides de fracturation hydraulique contiennent plus de 500 produits dangereux

  • Les fluide de fracturation contient généralement moins de dix produits chimiques. Dans l’exemple de Cuadrilla Resources en Angleterre, ils étaient au nombre de trois.
  • Les foreurs sont incités à utiliser le moins de fluide possible pour réduire les coûts et restreindre les risques environnementaux.
  • La plupart de ces produits chimiques se retrouvent sous votre évier et à des concentrations plus élevées dans les divers nettoyants domestiques. L’un d’eux est utilisé dans le rouge à lèvres et dans la solution utilisée pour nettoyer les verres de contact (acide scorbique). Un autre entre dans la fabrication des récipients en plastique (polypropilène). Mais le produit chimique le plus souvent utilisé à l’état pratiquement pur est l’acide chlorhydrique qui provoque l’acidité stomacale chez les êtres humains.
  • Le fluide de fracturation est composé à 99,85% d’eau et de sable. Il fait office de produit de soutènement pour permettre au gaz de « schiste » de s’écouler dans le puits et de remonter à la surface. Les produits chimiques sont nécessaires pour assurer la bonne marche de l’opération mais ils coûtent plus cher que l’eau et le sable, ce qui incite les foreurs à restreindre leur emploi.

 

Mythe n°6 : les produits chimiques utilisés lors de la fracturation hydrauliques sont secrets

  • En Europe, le contenu du fluide de fracturation est 100% visible du fait des règlements locaux existants et des directives issues par l’Agence Chimique
    Européenne (European Chemical Agency ou ECHA) dont la directive R.E.A.C.H.
  • Aux Etats Unis on tend vers une transparence totale par le biais de sites comme http://www.fracfocus.org.

 

Mythe n°7 : l’eau qui reflue des gueules de puits est contaminée et est rejetée dans les rivières, les ruisseaux et les circuits d’eau potable

  • A l’inverse des Etats Unis, en Europe, l’eau de refoulement est traitée et réutilisée dans un autre forage.
  • Les lois européennes interdisent de rejeter cette eau dans les rivières, les ruisseaux et n’importe où ailleurs à la surface du sol (lacs…etc).

 

Mythe n°8 : la fracturation hydraulique consomme beaucoup d’eau

  • La fracturation utilise beaucoup d’eau mais par rapport à quoi ? Les 18 000 m3 d’eau nécessaires pour forer un puits dont la durée de vie est de l’ordre de dix ans équivalent à la quantité d’eau utilisée pour irriguer un champ de blé de 3 Ha pendant une saison ou un terrain de golf de 18 trous pendant un mois.
  • Le volume total de l’eau utilisée par Cuadrilla Resources dans son puits du Lancashire (UK) est égal au volume des fuites d’eau journalières qui se produisent dans une ville comme Manchester.
  • L’Agence de l’Environnement du Royaume Uni (UK Environment Agency), l’Agence de Protection de l’Environnement de Pennsylvanie (the Pennsylvania Environment Protection Agency – EPA) et l’Agence de Protection de l’Environnement de l’Etat de New (New York State EPA) estiment que l’eau nécessaire à la fracturation d’un puits représente un extra dixième de 1% des ressources en eau dont elles disposent.

 

Mythe n°9 : le gaz de schiste européen est un palliatif à court terme qui n’apportera aucune sécurité énergétique

  • Nous espérons voir en 2012 les premiers résultats concrets des ressources que possède l’Europe. Mais nombre de rapports indépendants prédisent, en prenant des chiffres conservateurs, que le Royaume Uni n’aura pas à importer de LNG pour plusieurs décennies, grâce au gaz dit de schiste.
  • De la même manière, les prédictions concernant les ressources de la Pologne en gaz de « schiste » font état de quantités égales à plus de cent ans de consommation en se basant sur la consommation actuelle en gaz naturel et de plusieurs décennies seulement si l’on devait en outre remplacer la totalité du charbon utilisé actuellement par le gaz.
  • La Pologne, la France, l’Allemagne et l’Ukraine disposeront peut être de volumes de gaz suffisants pour les exporter en Europe et même au-delà.

 

Mythe n°10 : la recherche de gaz de schiste nécessite d’immobiliser de grands espaces

  • Les progrès réalisés en matière de forage et qui consistent à forer plusieurs trous à partir d’une même plateforme, combinés avec des forages horizontaux de plus en plus longs signifie que la technologie de la recherche de gaz de « schiste » qui sera utilisée en Europe verra des plateformes de forage d’une superficie de 2,5 Ha voire moins permettant de drainer 5 km² de la roche réservoir ou plus. Nous ne verrons certainement pas une forêt de derricks comme dans les vieux films. L’action se déroule sous terre et non pas en surface et beaucoup de gens ne se rendront compte de rien. La distance entre plateformes peut atteindre plusieurs kilomètres.
  • Compte tenu de la flexibilité que procure le forage horizontal, la plateforme de forage (= la semelle) pourra être placée en des endroits qui gêneront au minimum l’agriculture locale ou des résidences privées.
  • L’Europe est perçue comme un continent très peuplé mais la population est concentrée dans des zones urbaines. Il est surprenant de voir le nombre d’espaces vides en Europe et la recherche de gaz de « schiste », en Pologne, se déroule dans des endroits qui ont une densité de population inférieure à celle de bien des endroits semblables au Texas.
  • L’ère du gaz de schiste moderne a démarré à Fort Worth au Texas, la 17ème grande ville des Etats Unis. Des puits y ont été forés sur le campus de l’Université et même sur l’aéroport local de Dallas – Fort Worth. En ce moment, en Europe, il n’existe aucun projet de forer en zones urbaines mais l’expérience américaine montre qu’il est possible, pour les forages de gaz de « schiste », de coexister avec de proches voisins.
  • Quelques éléments complémentaires :
    1. Chaque puits peut ne prendre que trois semaines à forer. Les opérations européennes devraient prendre soixante jours ou moins, de l’instant où l’on commence à creuser jusqu’à la fermeture du puits.
    2. Lorsque la construction est terminée, l’impact des vannes de surface et celle d’éventuels réservoirs de séparation occupera l’emplacement d’un conteneur d’expédition maritime ou peut être moins. Les équipements peuvent aussi être enterrés et le paysage sera reconstitué dans de nombreux cas à son aspect primitif.
    3. Le gaz naturel est plus léger que l’air et il s’écoule vers la surface naturellement sans avoir besoin d’être pompé et pratiquement sans aucun bruit.

 

Mythe n°11 : le gaz de schiste provoque des tremblements de terre 

  • Le mythe n’est pas que le gaz de « schiste » cause des tremblements de terre mais qu’il cause des tremblements de terre perceptibles. Les deux tremblements de terre globalement prouvés causés par la recherche de gaz de « schiste » sont ceux qui ont été enregistrés dans le Lancashire, d’une valeur de 1,5 et 2,4 sur l’échelle de Richter. D’après le British Geological Survey les tremblements d’une valeur inférieure à 3 sont considérés comme imperceptibles et, dans les zones urbaines, les sismomètres ne sauraient différencier un tremblement de valeur inférieure à 2 du tremblement provoqué par le trafic automobile. Etant donné que l’ échelle de Richter est exponentielle, beaucoup de gens ne savent pas que la quantité d’énergie produite par un tremblement de valeur 2,4 et celle résultant d’un tremblement à l’origine de grands dégâts sont dans un rapport de plusieurs millions.

 

Mythe n°12 : le gaz de schiste est pire que le charbon pour l’environnement

  • L’étude de Robert HOWARTH de l’Université Cornell dont on parle beaucoup démontre que l’exploitation du gaz de « schiste » et le transport par pipeline de tous les gaz naturels laissent échapper de petits volumes de méthane assez significatifs. Les émissions de pur méthane sont plus nocives pour l’atmosphère que celles de méthane brûlé lesquelles dégagent 50% de moins de carbone que le charbon et 25% de moins que le pétrole. Cette étude a été contrée, au bas mot, par une demi-douzaine d’études qui n’y voient aucun mérite dont celle-ci qui émane de ses collègues à l’Université Cornell :
  • Les données indiquent clairement que le remplacement du charbon par le gaz naturel est bénéfique quant à l’effet de serre, quelle que soit le jeu d’hypothèses raisonnables que l’on mette en avant. Il faudrait que les émissions de méthane soient cinq fois plus importantes qu’elles ne le sont actuellement pour que la substitution du gaz au charbon ait une influence néfaste sur le réchauffement climatique quelle que soit l’échelle des temps que l’on prenne. L’avantage du gaz naturel est le même, qu’il provienne d’un puits à gaz de « schiste » ou d’un puits à gaz conventionnel.

Peut-on vraiment se réjouir que Nicole Bricq instaure une exception énergétique française ?

Le G8 s’est récemment achevé à Camp David, avec son habituelle distribution de satisfécits et de bons points. Dans ma prime jeunesse, à l’école maternelle, avec les bons points que nous non plus n’avions guère mérités, la maîtresse nous donnait des bonbons mais au moins elle pouvait placer en nous quelque espoir de progrès. Or de progrès, il est à craindre qu’il n’y en ait pas dans ce rassemblement des puissances industrielles, et c’est en partie la position française qui en est responsable. Jacques Brel doit se retourner dans sa tombe en recrachant ses bonbons.

La politique ne m’intéressant plus guère, je me suis donc penché sur la façon dont le G8 traite les problèmes d’énergie qui, bien souvent hélas, sont accouplés aux questions climatiques. Grave erreur, car si tous deux traitent de croissance, les premiers concernent les hommes et leur devenir, les secondes concernent les plantes qui végètent et n’ont pas la parole !

En France, pour les 2,5% d’électeurs qui ont voté Eva Jolly et pour un nombre plus important de sympathisants qui se sont fédérés au sein de plusieurs milliers d’associations de défense de l’environnement, l’énergie est devenue une nuisance et pour tout dire, l’hydre à abattre. Mais quelle hérésie ! Depuis Prométhée, c’est l’énergie qui a permis à l’humanité de faire les bonds en avant que l’on sait en apportant confort, sécurité et gains de productivité : l’énergie est l’un des moteurs du progrès et l’énergie abondante à bas prix, je ne cesserai de le répéter, est comme un turbo-propulseur.

Depuis la domestication animale et la conquête d’Alexandre le Grand en 333 avant notre ère et jusqu’à la calamiteuse guerre de 1870-1871, l’humanité en était resté à des ressources simples et peu efficaces, ce qui ne l’a pas empêchée de faire de grandes réalisations par ailleurs. Les choses commencèrent à bouger avec la découverte des nouveaux usages de l’or noir à Pechelbronn, en 1875. Il s’agit de l’un des premiers gisements de pétrole au monde à être exploité (depuis 1740) et il se trouve en France, en Alsace. Qu’on me permette de rappeler ainsi que cela fait donc longtemps qu’en France, on a du pétrole

Grâce à cet or noir tant décrié par nos écologistes et au progrès de la mécanique, le XXème siècle a connu le progrès de la traction automobile, de l’aviation à moteur, des fusées, navettes et stations orbitales. L’humanité a découvert et profité de nouveaux horizons et je vois assez mal comment la transition écologique chère à Nicole Bricq pourrait nous aider à progresser dans cette voie que les gens de ma génération ont ouverte.

Néanmoins, en lisant le compte-rendu du G8, on pourrait se réjouir de certains éléments de la déclaration finale :

  • Il est rappelé au point 10 que dans des économies en croissance, il est indispensable de subvenir aux besoins énergétiques en piochant dans une très large palette, des énergies fossiles aux énergies renouvelables. Voilà qui est sage et permet à chacun, en fonction de sa situation, de réaliser son bouquet énergétique sans ostraciser aucune source d’énergie. C’est une ouverture d’esprit consensuelle et de bon aloi.-
  • Plus intéressant, le point 11 annonce une volonté commune de partager les bonnes pratiques en matière de production d’énergie, en particulier l’exploration de nouvelles ressources grâce aux technologies telles que le forage profond et la fracturation hydraulique. Ainsi, les avancées techniques des uns profiteront aux autres. C’est ce que l’on appelle une démarche de progrès, un mot devenu quasiment tabou aujourd’hui auprès d’une certaine frange de notre population et dont le Ministère du Redressement productif devrait prendre bonne note.

Mais hélas, le diable se cache dans les détails et c’est Nicole Bricq, notre nouvelle ministre de l’ Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, qui a introduit un incroyable bémol dans la déclaration finale du 19 mai dernier. Selon Mediapart, elle serait parvenue à glisser dans cette déclaration : le G8 encourage la fracturation hydraulique « là où elle est autorisée » (where allowed).

Autrement dit, la France par la voix d’une inconnue sans qualification particulière dans un domaine qui n’est pas le sien, a fait voler en éclat le consensus si difficilement atteint sur la coopération technique. Il semblerait même que dans certaines sphères gouvernementales on se réjouisse de cet incroyable gâchis. Pour nous c’est le coup de pied de l’âne. Pendant cinq ans, nous avons eu en matière d’énergie un quarteron de talentueux incapables et l’on pouvait espérer qu’avec le changement de gouvernement et un Ministre de l’Industrie (pardon, du « Redressement productif ») chantre de la démondialisation et de la relocalisation des activités productives, des décisions plus rationnelles et bénéfiques pour notre économie interviendraient. Mais il a fallu tomber sur un cadre de l’industrie, Sénatrice, de surcroit proche des Verts, qui entend faire prévaloir son programme de bric et de broc.

La France fait une fois encore cavalier seul sur la scène internationale en prônant une exception énergétique difficile à comprendre. Cette attitude aberrante rappelle celle des trois singes, qui se voilent la face pour ne pas voir, se bouchent les oreilles pour ne pas entendre et se bâillonnent pour ne rien dire. Nous nous mettons la main devant les yeux pour ne pas voir les richesses énergétiques que nous avons vraisemblablement sous nos pieds et dont l’exploitation contribuerait au redressement de notre balance commerciale, nous nous bouchons les oreilles pour rester sourds aux avancées du monde qui nous entoure et nous nous taisons puisque personne ne veut nous écouter.

Pourrait-on enfin cesser notre isolationnisme idéologique et aborder ces questions d’énergie d’une manière pragmatique ? Il n’est que temps !

Lettre ouverte au Président de la République à propos du gaz de schiste

A l’attention de Monsieur Nicolas Sarkozy.

Monsieur le Président de la République,

Vous vous êtes attelé au sauvetage de l’Euro et de l’Europe, mais d’autres défis tout aussi urgents se présentent à vous. A l’approche de l’hiver, deux sujets inquiètent les français dans leur ensemble : la facture énergétique qui risque de s’annoncer particulièrement salée et les éventuelles coupures d’électricité qu’il faut craindre sur notre réseau.

L’heure est venue pour effecteur des choix énergétiques engagés, responsables d’un point de vue stratégique et porteurs de croissance. A ce sujet, je me permets de vous alerter sur l’une de vos récentes déclarations à propos de la filière nucléaire et de l’EPR de Flamanville.

J’ai cru vous entendre demander (propos rapportés par l’AFP) : « Le nucléaire, dans un pays comme la France qui n’a pas de pétrole ni de gaz, je le remplace par quoi ? ».

Eh bien, Monsieur le Président de la République, je suis navré de constater que vos Conseillers vous renseignent bien mal en la matière. Vous n’êtes pas sans connaître l’existence du gisement de pétrole de Zaedyus qui vient d’être découvert au large des côtes guyanaises. Cette découverte semble confirmer la théorie des gisements jumeaux, celui-ci étant le frère séparé des gisements situés au large du Ghana.

J’espère qu’Anne Duthilleul, Ingénieur Général des Mines, envoyée par les trois Ministres de l’Ecologie, des Mines et de l’Outre-Mer en mission d’appui pour accompagner le développement de l’industrie pétrolière en Guyane, arrivera aux mêmes conclusions que moi dans le premier rapport provisoire qu’elle doit soumettre au Gouvernement à la fin de cette année. A savoir : ce gisement n’est que le signe avant-coureur d’autres découvertes à venir dans la même région.

Mais sans aller si loin, nous avons sous nos pieds, en métropole, des quantités considérables, de gaz de schiste. Il est enfermé profondément dans différents bassins sédimentaires français, en Aquitaine, dans le Sud-Est, dans le bassin parisien et le fossé rhénan. Des experts américains affirment que nous détenons, après la Pologne, les réserves les plus importantes du continent européen.

C’est sans compter avec la Zone Economique Exclusive de 334 604 km² attenante à nos côtes et qui recèle également des hydrocarbures de gisement non conventionnels. Dans notre métier, il est courant de dire que le pétrole se trouve d’abord dans la tête de ceux qui le recherchent. Or la France possède la deuxième Zone Economique Exclusive au monde (10 035 000 km²) derrière celle des Etats Unis (10 450 000 km²), mais la nôtre est répartie au large des cinq continents. On est donc en droit de penser que, dans un avenir proche, la France aura un rôle considérable à jouer en matière de fourniture d’énergie, le jour où la technologie rendra l’exploration et la production de gaz de schiste en mer économiquement rentable.

Quelle bonne nouvelle, Monsieur le Président : la France a donc bel et bien du pétrole et du gaz, en métropole comme en Outre-Mer ! Réjouissons-nous de disposer d’un actif stratégique si important, dont nous devrions tirer parti avec discernement.

Encore faudrait-il que nos politiques reviennent sur terre et prennent à cœur l’intérêt du pays et de ses habitants avant de songer à leur propre réélection !

Lorsque Christian Jacob vous a soumis l’été dernier la proposition de loi 3301, dont l’exposé des motifs aurait pu être écrit par Josh Fox lui-même, ce documentariste de talent auteur de Gasland qui a fait croire au monde entier que Mike Markham pouvait faire flamber l’eau de son robinet car elle contenait du gaz de schiste (sic), vous avez trouvé ce projet de loi bien équilibré et vous l’avez approuvé malgré l’avis contraire de Bernard Accoyer.

Ce fut à mon sens un mauvais calcul car le documentaire Gasland ne concerne nullement le gaz de schiste et le gaz de M. Markham n’est que du gaz biogénique comme il en existe de grandes quantités dans les charbons superficiels du Bassin de Denver-Julesburg, là où précisément M. Markham a implanté son forage d’eau.

A vrai dire, ce fut une erreur économique car si vous aviez autorisé l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures de gisements non conventionnels, à l’instar des Etats Unis notamment, le prix du gaz en France se trouverait sur une spirale descendante et le panier de la ménagère en serait allégé. Il me semble que pareil argument devrait aussi résonner à l’oreille des députés à l’approche des élections législatives, mais la politique n’est pas mon domaine.

Produire ces hydrocarbures domestiques rendrait la France non seulement énergétiquement plus indépendante, mais devrait concourir à sa ré-industrialisation en mettant à la disposition des industriels et des particuliers une énergie à bas prix. Rappelez-vous que la France importe 98% de son gaz aujourd’hui, pour un montant proche de 10 milliards d’Euros par an. Sacrée facture !

Alors que dans tous les pays du monde à l’exception de la France, les compagnies pétrolières
investissent massivement dans le gaz de schiste et créent des emplois, votre administration, sous la pression d’écologistes irresponsables (vraisemblablement téléguidés à leur insu par de puissants lobbies) qui ne cessent d’agiter l’opinion publique avec des informations alarmistes et infondées, a mis d’incroyables barrières administratives et techniques à l’exploitation de ce nouvel eldorado.

Vous vous êtes fait élire en vous présentant comme le Président du pouvoir d’achat, mais depuis le début de votre mandature, le prix du gaz a augmenté de 65% en France et continue de croître tandis qu’il a baissé de 75% aux Etats Unis.

Alors même que vous réaffirmiez ces jours-ci votre opposition au gaz de schiste devant un parterre d’opposants ardéchois, une étude effectuée le 6 décembre par l’IHS américain et publiée dans la dernière édition du magasine World Oil, le jour de votre intervention, disait en substance qu’en 2010 l’industrie du gaz de schiste avait fait travailler 600 000 personnes aux Etats Unis et avait rapporté 76,9 milliards de dollars au PIB américain. La production de gaz de schiste, qui représentait alors 27% de la production nationale de gaz naturel devrait passer à 34% en 2011 pour atteindre 43% en 2015 et 60% en 2035. Dans le même temps, les emplois directs et induits liés à cette industrie devraient passer à 870 000 en 2015 et atteindre 1,6 millions en 2035.

En France, votre administration s’appuyant sur le fait du prince, s’est permis d’abroger trois permis de recherche d’hydrocarbures de gisements non conventionnels qui avaient été accordés dans les régions de Nant, de Montélimar et du Larzac, rabaissant notre pays au rang de République bananière. Ces permis avaient été accordés au grand jour, le plus légalement du monde, après avoir été étudiés par les services du Ministère de tutelle et, contrairement à ce qui a été écrit dans la presse et colporté à l’envie par les écologistes, leur attribution avait fait l’objet, en 2007 et 2008, de nombreux articles de journaux favorables, dont j’ai les textes, dans le « Dauphiné Libéré » et le « Midi Libre » en particulier.

L’IHS dont j’ai parlé plus haut, s’est livré à une étude prospective intéressante de laquelle il ressort qu’aux Etats Unis :

–    En 2015, les investissements privés dans la recherche et la production de gaz de schiste atteindront 48,1 milliards de dollars et que, de 2010 à 2035, ils se monteront à 1 900 milliards de dollars.

–    La contribution au PIB qui était de 76,9 milliards de dollars en 2010, elle devrait passer à 118,2 milliards de dollars en 2015 et atteindre 231,1 milliards en 2035.

–    Pour  la période 2010-2035, l’industrie du gaz de schiste devrait rapporter à l’Etat fédéral ainsi qu’aux différents Etats producteurs et aux collectivités  933 milliards de dollars en impôts et taxes diverses.

–    Enfin, du fait de la baisse du prix du gaz, entre 2012 et 2015, les ménages américains disposeront chaque année d’un revenu supplémentaire estimé à 926 dollars et cette somme devrait atteindre 2 000 dollars par an à partir de 2035. De tous les chiffres ci- dessus qu’il est certes difficile de transposer en France, seuls les montants que nous venons d’énoncer dans ce paragraphe paraissent applicables au panier de la ménagère française.

Faisons un calcul rapide. Imaginez, Monsieur le Président de la République, que vous soyez réélu en 2012 et qu’à la moitié de votre second mandat les ménages français puissent disposer de 726 Euros supplémentaires par an, voire davantage. Vous mériteriez alors pleinement votre titre de Président du pouvoir d’achat.

Encore faudrait-il que la recherche de gaz de schiste soit autorisée d’ici là. En attendant, en France, l’interdiction de la fracturation hydraulique a conduit la société Vallourec à construire, aux Etats Unis, une usine de 650 millions de dollars pour fabriquer des tubes et tubages pour l’industrie pétrolière et notamment pour l’industrie du gaz de schiste. Une partie de ces tubes et tubages sera exportée mondialement. La France en importera pour ses forages conventionnels. La chose est d’autant plus ironique qu’en 1951, lorsqu’a été découvert le futur gisement de Lacq profond, son gaz riche en hydrogène sulfuré et très corrosif avait conduit les aciéries de Pompey et le groupe Vallourec à mettre au point des aciers spéciaux pour le produire. Le gisement de Lacq profond est depuis soixante ans l’un des plus beaux fleurons industriels de notre pays.

De nos jours, les écologistes cornaqués par des lobbies divers et un principe de précaution dévoyé (qu’en penseraient Blériot, Lindbergh, Mermoz, Madame Curie et vous-même, Monsieur le Président, qui avez su prendre des risques quand il le fallait ?) auraient amené les « décideurs » à prendre à la lettre la recommandation de Myron Kinley, l’illustre pompier volant appelé en renfort pour colmater le puits LA3 entré en éruption, en 1950 : « rebouchez vite ce trou et laissez les vaches paître tranquillement ! ».

La question qui se pose désormais est la suivante : saurez-vous tirer parti des extraordinaires richesses naturelles dont la France dispose pour notre bénéfice à tous ? Indépendance énergétique accrue, emplois, baisse des prix… nous ne pouvons qu’y gagner sur tous les fronts.
Dans l’attente de votre reconsidération de ce dossier ô combien stratégique, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, mes sincères salutations.

Gérard S. Medaisko (Ph.D.)
Géologue-conseil